Excès d’efficience : les défis qui attendent les smart cities

Par 03 octobre 2016
Mots-clés : Smart city, Amériques, Data
les défis qui attendent les smart cities

En apportant des solutions aux problèmes contemporains, les smart cities génèrent également leur lot de nouveaux défis.

Si elles apportent de nombreuses solutions aux problèmes organisationnels que rencontrent les municipalités, à l’heure où la majorité de la population mondiale se regroupe dans les villes, les smart cities génèrent également leur lot de d’errements, de défis et d’interrogations. Selon Cheow Hoe Chan, Chief Information Officer de la ville de Singapour, de nombreuses villes commettent une erreur de raisonnement en pensant qu’il suffit d’investir dans de coûteuses infrastructures à la pointe du progrès pour devenir intelligentes. « Beaucoup prennent le nombre d’infrastructures technologiques comme la métrique principale. C’est une erreur. Une ville n’est pas intelligente parce qu’elle comprend un grand nombre de capteurs ou autres. Il s’agit avant tout de résoudre des problèmes, en commençant par les plus simple » a-t-il expliqué lors de l’événement Bridge SF, rappelant comment Singapour avait optimisé les trajets de ses lignes de bus en se servant de données déjà existantes, car générées par les usagers badgeant à la montée à la descente du bus.

La ville de Singapour est pionnière dans les problématiques smart city.

De l’usage des données

Selon lui, il est important que les autorités fassent la promotion de l’usage des données, qui doivent devenir le moyen privilégié de résoudre les problèmes. Mais pour que les citoyens acceptent que leurs données soient utilisées pour l’accomplissement de services publics, il est également nécessaire de se montrer pédagogique, martèle de son côté Thomas Sichelkow, de l’organisation danoise Gate 21 : « Il est important d’expliquer d’une part que les données sont employées uniquement pour résoudre un problème précis. » Par exemple, que les données de navigation ne sont pas utilisées pour traquer les déplacements de chaque citoyen, mais soient collectées de manière anonymes pour améliorer les services de transport. « D’autre part, il faut promouvoir les projets pour lesquels ces données sont employées, montrer en quoi ils améliorent la vie collective. » développe-t-il.

Le Danemark a également fait de ces problématiques une priorité.

Le point individuel de défaillance

En revanche, les données posent également un problème : celui du « central point of failure », ou point individuel de défaillance, terme informatique désignant un maillon dont le reste du système est dépendant, et dont la destruction provoquerait l’arrêt complet du système. Selon Mickey McManus, du laboratoire d’innovations Maya Design, le stockage des données dans le cloud pose ce problème : « Nous n’avons encore que quelques clouds différents dans le monde, celui d’Apple, de Salesforce, d’Amazon… et seulement une copie de chacun d’entre eux, de sorte que nous mettons tous nos oeufs dans le même panier. » a-t-il affirmé lors de Bridge SF. « En kidnappant le neveu du CEO d’une de ces entreprises, vous auriez plus de pouvoir de pression qu’en capturant celui du président américain… Je n’ai rien contre le cloud, mais la nature a choisi le peer to peer. Quand des cellules se répliquent, elles transportent l’ensemble de leurs informations avec elles. Information qui se révèle des plus utiles quand les choses tournent mal. Il n’y a pas de serveur central stockant l’ensemble des données. » Que faire, dès lors, pour limiter les risques ? Selon lui, il faut prendre exemple sur les pannes de générateurs électriques déclenchées volontairement, afin de tester l’efficience du générateur de secours censé prendre le relais en cas de vrai problème. De même, il faut s’assurer de la fiabilité des copies virtuelles en effectuant des tests de défaillance.

Les données de la smart city

Vers un citoyen démiurge

Outre l’usage massif des données, la ville du futur se distinguera de celle du passé par le pouvoir de création qui résidera entre les mains de chaque citoyen. L’impression 3D permettra ainsi à chacun de confectionner ce qu’il souhaite depuis son domicile. Certains s’en sont déjà servis pour imprimer des armes, d’autres pour imprimer de l’ADN. Et cette technologie devient de plus en plus accessible : la start-up OLO propose ainsi un appareil permettant de transformer son smartphone en imprimante 3D pour la modique somme de 99 dollars. Le développement des drones et des robots promet, en parallèle, de mettre toujours plus de pouvoir entre les mains des individus, pouvoir de nuisances (par exemple dans le cas de drones utilisés à des fins malveillantes) ou de création (dans le cas des robots suisses capables de construire des ponts par eux-mêmes). L’homme du futur sera un citoyen-démiurge, doté d’un formidable pouvoir de création. Une réalité que les pouvoirs publics devront prendre en compter et réguler pour canaliser cette force créatrice dans le sens du bien commun. « Chacun citoyen aura davantage de pouvoir qu’aucun état n’en a jamais eu. » affirme ainsi Mickey McManus.

Vers un citoyen démiurge ?

Des vertus du désordre

Enfin, le principal danger encouru par la smart city pourrait bien être de devenir… trop efficace. C’est du moins l’avis de Philippe Crist, économiste et administrateur à l’International Transport Forum, exprimé lors de Bridge SF : « Nous parlons beaucoup de smart cities, de villes plus efficaces, plus propres, plus simples, mais l’histoire montre que les individus ne se ruent pas vers les villes les plus efficaces. ils aiment les lieux chaotiques, désordonnés, car le but d’une ville est de faire se rencontrer des gens qui ne se seraient pas rencontrés autrement, ce qui implique une part de désordre et d’incertitude. » Selon lui, une ville doit aussi comporter son quota de frictions et d’aspérités pour être vivantes : la fluidité absolue n’est ni concevable, ni souhaitable : « Souhaitons-nous par exemple un système de transport où les individus aillent du point A au point B sans se rencontrer ? Tout ce qui est simple n’est pas bon, et tout ce qui est bon n’est pas simple. Il faut parfois privilégier la friction sur la fluidité. »

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