Facebook ? Pirandello aurait adoré

Par 21 septembre 2011
masques de théâtre

Est-on soi même sur les réseaux sociaux ?

On aura tous tendance à jurer que oui, que le démon de l'ego ne vient jamais nous titiller et nous obliger à poster cette photo sur laquelle on a l'air de tellement s'amuser, ni de cliquer sur cet événement tendance en disant que oui, on ira y assister. Et pourtant, sur cet espace, nous sommes nombreux à tenter d'y concrétiser une image un peu fantasmée de soi-même, un peu améliorée, un être social qu'on aime bien et qui correspondrait à l'image, maîtrisée et unique, qu'on voudrait que les autres aient de nous.

Dommage du coup que Pirandello n'ait pas connu ça. Ce n'est pas à des personnages de théâtre qu'il aurait confié le soin de chercher un auteur capable de les représenter. C'est à nos avatars Facebook qu'il aurait insufflé la vie, pour qu'ils rencontrent leur créateur afin de les faire se confronter sur celui qui représente le plus la réalité.

J'aurais aimé avoir cette idée. Mais c'est une équipe de chercheurs d'Harvard, de Yale et de l'université de Ghent qui l'ont eue, les veinards : ils ont projeté Vitangelo Moscarda, le héros de Un, personne, cent mille, sur les réseaux sociaux. Cela, afin de voir à quoi la tragédie qu'il vit dans le livre ressemblerait aujourd'hui. Je cite : "En s'inspirant des théories sur la construction de l'identité, et sur la présentation de soi-même, nous avons ré imaginé comment Moscarda aurait agi pour défendre l'intégrité de son individualité face aux influences déconcertantes du monde en ligne". Bon alors, j'avoue, c'est parfois un peu pompeux, et déclaratif sans forcément proposer d'arguments. Je re-cite : "L'analogie avec le monde d'aujourd'hui est évidente : la désintégration de Moscarda et son renoncement à toute vie sociale peut être mise en parallèle avec le fait de se déconnecter totalement d'un réseau social".

Mais je jurerais que Pirandello aurait adoré.

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