La France ne récolte pas encore assez les fruits de l’Innovation

Par 28 octobre 2013
Innovation

L’aspect culturel dans la recherche et au sein des entreprises constituerait le principal élément bloquant pour que les investissements consentis à l’innovation produisent leur plein effet.

Comparativement aux pays de l’OCDE, la France dépense bien plus dans la R&D en dédiant 2,2% de son PIB à l’innovation (contre 1,9% pour la zone). Même si l’Hexagone se situe loin du leader japonais en la matière (3,5%) et de l’ogre américain (2,7%), l’effort consenti est louable mais ne semble pas porter ses fruits. L’étude L’innovation dans les entreprises en France  réalisée le cabinet Booz & Company en complément de la 9ème édition du baromètre des entreprises les plus innovantes Global Innovation 1000 indique en effet que malgré des efforts financiers soutenus, la France avait enregistré une croissance deux fois inférieures à celle de la moyenne de l’OCDE sur la période 2002-2011. La faute à un modèle d’innovation Français “reposant sur des entreprises plus tournées vers l’innovation de type Push Technologique” précise Pierre Péladeau, Vice Président de Booz et co-auteur de l’étude. “Il en résulte une application à la recherche fondamentale et non à la recherche appliquée”.

Des “technology drivers” à transformer en “need seekers”

Le modèle culturel Français voit donc sa finalité à créer des champions mondiaux en misant avant tout sur des avancées technologiques majeures à pousser sur les marchés. Ce modèle de push technologique créerait donc, selon l’étude, des “technology drivers” dont “le point de vue est orienté produit et technologie au détriment d’une vision marché” poursuit Pierre Péladeau. Si ce modèle a pu avoir des succès plus ou moins partagés par le passé au regard des exemples du TGV ou du Minitel, il semble extrêmement difficile à reproduire sans cesse du fait de coûts en ressources et financier trop importants. Le marché est aujourd’hui dominé par des  “need seekers” très à l’écoute de la demande et dont la particularité est de “savoir assembler des technologies pour créer un produit répondant à un besoin”. La vision a priori opposée aux technology drivers verrait sont illustration phare matérialisée en la firme californienne Apple. A noter que la position des “Market leaders” consistant à se positionner en situation d’attente et à observer les évolutions du marché semble risquée compte tenu des récentes mises en lumières de colosses au pied d’argile tels PSA ou Nokia.

Trois leviers pour changer de modèle

De manière pragmatique et analogue au cas de la publicité mobile, on constate un besoin de développement d’outils d’analyse pour changer les bases culturelles. Ces derniers pourront en effet servir à promouvoir une innovation à l’intérieur des organisations et notamment des entreprises. L’intrapreneuriat doit donc prendre toute sa mesure et “l’échec être considéré comme un apprentissage plutôt que comme une défaillance” indique Pierre Péladeau. Ainsi, l’essaimage doit réellement entrer dans la culture d’entreprise et être utilisé dans les rapports public-privés. Enfin, avec pour toile de fond l’innovation collaborative, le rapport encourage à décentraliser l’innovation en nouant des partenariats, en ouvrant le processus à des intervenants externes ou encore en investissant dans des centres d’innovations dans les régions à fort potentiel de développement. En changeant les processus, les allocations devraient ainsi être mieux allouées et pourraient permettre de financer la phase de développement des startups dont “le foisonnement est important mais pour lesquelles le cap des dix millions de CA est difficilement franchissable” conclut-il.

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