La France numérique, un territoire inégal

Par 18 octobre 2013 1 commentaire
France numérique

Un rapport public pointe les disparités de développement et d'investissement numérique selon la structure géographique française.

Rédigé par Claudy LeBreton, le rapport intitulé Les territoires numériques de la France de demain, remis à la ministre de l'Egalité des Territoires et du Logement Cécile Duflot entreprend la lourde et complexe tache de proposer aux acteurs publics et privés un panorama détaillé et précis des défis de l'aménagement territorial en matière de technologies numériques. Ce rapport fait suite à l'engagement pris par le gouvernement de mettre en place d'ici 10 ans le très haut débit partout en France. Cependant si un peu moins de 10% du territoire français n'est pas aujourd'hui éligible, techniquement, pour la mise en place du très haut débit, la réalité pratique voit, dans l'accès au numérique, se creuser les inégalités déjà existantes, géographiques comme sociologiques. Claudy Lebreton pose dès l'ouverture l'importance du défi numérique, non comme un outil mais comme un facteur essentiel à la révolution technologique en cours, "Ce que les penseurs du Siècle des Lumières ont réussi avec le livre imprimé, nous devons maintenant l'envisager pour le numérique."

Les inégalités numériques suivent les inégalités sociales

Si une politique publique d'investissement existe depuis le début des années 90, l'approche jusque là s'est cantonnée à l'achat d'équipement et la mise en place d'une infrastructure pouvant supporter le haut débit. Or Il ne s'agit pas seulement de créer une structure propice mais bien d'accompagner la transition numérique selon le député. Le rapport pointe ainsi une réticence de la société française aux transformations numériques, malgré la reconnaissance de leur utilité. Le constat auprès des territoires renforce cette impression. Le nombre d'internautes, en moins de 10 ans, s'est vu multiplié par 4, atteignant aujourd'hui 41 millions en France, et déjà plus de 24 millions d'utilisateurs mobiles. De même s'est opéré une évolution sociétale dans l'importance prise par Internet comme outil, celui-ci étant maintenant par exemple le 3e outil, selon les sondés, le plus utile dans la recherche d'un emploi, à 63%, contre seulement 56% pour Pôle Emploi. Or si 80% de la population y a accès, contre 14% en 2000, la répartition n'est pas égale. Ce que Claudy Lebreton nomme l'e-exclusion creuse ainsi un peu plus les trois grands fossés : générationnel d'abord puisque si les digital natives sont pourvus, seuls 47% des 60-74 ans et 10% des plus de 75 ans possèdent un ordinateur. Social de même avec 59% des foyers disposant d'un revenu inférieur à 900€ ayant un accès propre, culturel enfin ou la différence entre diplômés ou non est lourde, 93% pour les études supérieures, à peine plus de 30% pour les non diplômés. On retrouve cet écart dans la notion d'isolement, isolement social d'abord montrant que 65% des plus isolés n'utilisent pas Internet, et enclavement géographique. La carte du territoire montre ainsi 35 zones sur la France entière, centrée autour des villes les plus importantes, disposant d'un réseau cablé supérieur à 100mbits/s. La ligne Nord-Sud est d'autant plus significative, mettant en lumière un vide numérique entre Perpignan, Paris, et Lille.

"Le logiciel dévore le monde" Mark Andreesen

Or ce creusement des inégalités s'avère être une difficulté majeure, économique aussi bien que sociale, pour la population française. Là où le numérique, en abolissant les distances, permet un désenclavement sensible, les bassins de vie ruraux, tout comme la périphérie urbaine manquent encore d'infrastructure suffisante. De même le manque d'accompagnement dans l'utilisation du numérique donne des résultats inégaux, ainsi on retrouve dans l'apport du numérique une reproduction sociale de l'héritage culturel, les plus aisés en apprenant plus que les autres au sein même de la génération digitale. Le rapport met ainsi en lumière l'impact potentiel des capacités numériques, depuis la valorisation des atouts touristiques au soutien scolaire en passant par la revitalisation des territoires isolés et de l'économie résidentielle grâce au télétravail. Le numérique serait ainsi un atout fort pour les territoires, en réduisant la pertinence des atouts naturels ou démographiques, en dématérialisant la production, le besoin de la "ville", au sens traditionnel du terme, perd de son importance.

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1 Commentaire

Un article à ce sujet - http://numericuss.com/2013/10/02/le-chemin-vers-les-territoires-numeriques-de-la-france-de-demain-reste-a-tracer/
Entre enthousiasme et doute, peut-être est-il ainsi possible de résumer mon sentiment à la lecture du document que Claudy Lebreton a remis à la Ministre de l’égalité des territoires et du logement en septembre 2013. Enthousiasme tant les éléments de diagnostic et l’analyse de quelques-unes des opportunités numériques paraissent forts. Doute pourtant, et c’est ce qui domine, à la lecture de recommandations qui ne tracent pas encore une véritable route pour construire les territoires numériques de la France de demain. Serions-nous donc toujours dans l’incapacité de trouver les leviers par lesquels une économie comme la nôtre peut s’inventer un destin numérique ?

Soumis par Jean Pierre Jambes (non vérifié) - le 19 octobre 2013 à 18h47

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