#FrenchTech San Francisco : favoriser l’entraide entre les entrepreneurs français

Par 30 mars 2016
French Tech San Francisco

Reza Malekzadeh revient sur les raisons de l’arrivée du mouvement French Tech à San Francisco.

Tout a commencé en 2013 pour l’initiative French Tech, qui rassemble l’ensemble de l’écosystème des start-ups françaises. Portée par le Ministère de l’Économie, elle a pour but « d’impulser une action collective avec l’objectif de placer la France parmi les grandes startup nations » comme on peut le lire sur son site internet.

Le label a aujourd’hui pris le large et c’est d’abord à San Francisco qu’il a posé l’ancre pour étendre son empreinte internationale.  

Lancée à l’occasion de la venue d’Emmanuel Macron en janvier dernier, la French Tech San Francisco ne pourrait se comparer au label French Tech Lyon, Nantes ou encore Toulouse. Entretien avec Reza Malekzadeh, porteur de la marque French Tech à San Francisco.

Reza Malekzadeh, responsable du réseau French Tech

Pourquoi la French Tech San Francisco a-t-elle été créée ?

Reza Malekzadeh : Selon Romain Serman, Directeur de Bpi France aux Etats-Unis, San Francisco recenserait plus de 70 000 Français. Il s’agit donc d’une vaste communauté, bien établie de surcroît, si l’on observe d’une manière générale la qualité des postes occupés par les Français de la Silicon Vallée. Pourtant, si on devait la comparer avec la diaspora indienne ou israélienne, il existe aujourd’hui moins d’entraide entre les membres de la communauté française. Par ailleurs, nous ne jouissons pas d’une véritable marque à l’international, qui soit le juste reflet de ce que nous sommes et de ce que nous sommes capables d’entreprendre.

À titre d’exemple, en 2013, le groupe américain Adobe rachetait la start-up française Neolane pour la coquette somme de 600 millions de dollars. Pourtant qui a su que Neolane était française ? Même chose pour Criteo ; aux Etats-Unis aujourd’hui, trop peu de personnes savent qu’il s’agit d’une entreprise française, de la même manière qu’on n’insiste pas assez sur l’IPO menée avec succès par Renaud Laplanche, fondateur et CEO du Lending Club.

En comparaison, si un entrepreneur israélien toque à la porte d’un venture capitalist basé aux États-Unis, sa nationalité joue en sa faveur, c’est un plus. En tant que Français, nous souffrons d’un déficit d’image, les États-Unis ont encore du mal à l’heure actuelle à considérer notre écosystème à sa juste valeur.

Quel est alors son objectif ?

La French Tech à San Francisco constitue une initiative pour d’une part fédérer les bonnes volontés, générer de l’entraide de sorte que quand un entrepreneur français pose pied à San Francisco, il puisse recevoir de l’aide la communauté qu’il soit en recherche de levée de fonds, de partenariats commerciaux ou de clients.

Aussi, il s’agit de promouvoir et faire rayonner la marque France ici à San Francisco.

Nous jouissons d’un système d’éducation performant. Nous avons d’excellents ingénieurs. En outre, notre système de financement de l’innovation s’est considérablement renforcé. Des acteurs comme Bpi France ont fait beaucoup pour consolider les financements en amorçage quand d’autres sont capables à l’heure actuelle d’accompagner des jeunes pousses jusqu’à la phase de croissance à l’image de Partech Ventures que j’ai rejoint récemment.

En somme, les atouts sont dans notre poche, à nous de les communiquer au monde. Il ne s’agit pas là de pousser un « cocorico » nombriliste mais plutôt de faire prendre conscience aux acteurs internationaux que nos start-ups sont d’une grande qualité.

Concrètement par quelles actions cela peut-il passer ?

La French Tech San Francisco est d’abord une marque, un label. En ce sens, les entreprises françaises doivent l’afficher. Quand Sigfox, une des plus belles entreprises de l’Internet of Things au monde, dit être membre de la French Tech, c’est un symbole, qui marque l’esprit des gens.

Nous avons commencé à mener également des actions de communication et à organiser des évènements, qui sont ouverts à tous. La première action a été d’organiser un déjeuner pour accueillir des venture capitalists américains lors de la venue d’Emmanuel Macron. Des acteurs aussi importants que Sequoia Capital, Greylock Partners ou encore Menlo Ventures se sont assis autour de la table et ont pu entendre M. Macron parler des forces de notre écosystème. C’était important.

Aussi, la label French Tech San Francisco repose sur un réseau d’ambassadeurs tels que Nicolas El Baze, Anne Bezançon, Frédéric Benqué, Jerome Lecat ou encore Yseulis Costes. Le réseau d’ambassadeurs doit servir à ouvrir des portes aux entrepreneurs en demande. En s’appuyant sur le réseau professionnel de chacun, nous disposons d’une force de frappe puissante.

Retrouvez-ici l'interview de Reza Malekzadeh dans L'Atelier Numérique

Que viennent chercher les entrepreneurs français à San Francisco ?

D’abord, les entrepreneurs français s’intéressent ici à la taille du marché, le marché américain comptant environ 300 millions de consommateurs. C’est bien plus qu’en France.

Mais ils peuvent également être en quête de partenariats, dans la recherche et développement par exemple.

Ensuite, le financement s’impose aussi comme une des raisons de l’arrivée sur le territoire américain. À l’heure actuelle, un tour à 100 millions de dollars ne peut se réaliser en France seulement.

Enfin, la culture des affaires, ici, diffère de la vision européenne. Les technologies d’une manière générale sont plus valorisées. Si l’on regarde du côté des grandes entreprises, on observe des comportements sur le sol américain qu’on ne retrouve pas pour l’instant en France. Walmart, acteur traditionnel de la grande distribution, a par exemple racheté Vudu, la plateforme de streaming vidéo co-fondée par Alain Rossmann. En effet, face à une rude concurrence, Walmart n’a pas hésité à investir considérablement parce qu’ils ont réalisé la valeur de ce bloc technologique manquant à leur puzzle. En Europe, en France a fortiori, une tendance à la sous-valorisation perdure encore.

Quelle est votre vision idéale de la French Tech San Francisco ?

Chaque belle réussite française devrait être identifiée comme telle dans l’esprit du peuple américain, et notamment des acteurs de l’innovation. Ainsi, si nous réussissons notre pari, à terme, la notion de label French Tech ne devrait plus exister en sens où les entrepreneurs français seront reconnus à leur juste valeur, et ce de manière tout à fait naturelle.

Nous souhaitons tous à terme que le public américain considère l’entrepreneuriat français comme un produit de confiance.

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