Le futur du numérique passe par le toucher

Par 20 août 2008

Les expérimentations de rendu tactile tirent parti d'ondes sonores pour recréer des sensations diverses. On est cependant encore loin de dispositifs commerciaux.

Les environnements virtuels ont atteint un grand réalisme visuel et sonore. Reste maintenant à enrichir l’expérience au niveau du toucher, et ce, de manière plus créative qu’au travers d’un joystick. Une demi-douzaine de projets sur ce thème a été présentée au salon Siggraph la semaine dernière. Point commun: tous exploitent des ondes sonores. La sensation de réalisme peut venir en partie de la localisation des sensations. Ainsi, une équipe de chercheurs japonais venant de laboratoires divers (*) a conçu le système "/ed" (lire slashed, qui signifie sabrer ou taillader). Le but : ressentir les coups d’épée dans des jeux comportant des scènes de combat. Le joueur porte une ceinture équipée d’une rangée de hauts parleurs qui vibrent selon différentes séquences en fonction du coup reçu : d’un côté à l’autre lorsqu’il se fait ouvrir le ventre ou devant puis derrière quand il se fait transpercer.
Dans les tripes...
La sensation gagne encore en réalisme grâce à l’ajout de sons émis simultanément par les mêmes haut-parleurs. Deux des chercheurs ayant travaillé sur "/ed" ont également montré un petit prototype que l’on tient entre les paumes des deux mains. On croirait tenir un petit animal dont le cœur bat la chamade. Pour cela, deux hauts parleurs opposés génèrent des mouvements alternés de succion et de pression. Il est possible, par modulation de la pression de l’air, de recréer diverses sensations tactiles imitant par exemple un liquide ou un petit objet, indiquent les chercheurs. Une équipe de l’Université de Tokyo a éliminé l’objet vecteur de sensations pour les transmettre directement dans les airs. Elle utilise des ultrasons émis par un panneau de transducteurs.
... ou dans les airs
Des champs de pression sont ainsi créés au dessus du panneau horizontal, au niveau de la main de l’utilisateur dont la position est détectée par deux caméras à infrarouge. L’idée est de combiner ce système à un affichage holographique pour permettre de toucher des objets virtuels. La démonstration faite au Siggraph exploite un panneau carré de vingt centimètres de côté. Le champ de pression est limité à un volume de trente centimètres cube et à une résolution d’un centimètre. De plus, la main de l’utilisateur doit se trouver à un maximum d’une cinquantaine de centimètres du panneau. Enfin, chaque transducteur nécessite un amplificateur, ce qui implique que le panneau soit connecté à un dispositif volumineux. Une démonstration donc plus proche de la preuve de concept que du dispositif commercialisable. Cela était d’ailleurs le cas de la majorité des expérimentations de rendu tactile présentées au Siggraph. Et avec des haut-parleurs d'une bonne demi-douzaine de centimètres de diamètre, la ceinture de "/ed", pour prendre un autre exemple, est encore bien trop grosse.
(*) Université d’Electro-Communications, Université Polytechnique de Tokyo, Laboratoires des Sciences de la Communication de NTT et Agence Japonaise pour la Science et les Technologies
Annabelle Bouard, envoyé spécial de L'Atelier à Los Angeles

Mentions légales © L’Atelier BNP Paribas