"Les gens veulent sélectionner les individus ayant accès à leur position"

Par 23 juillet 2009

Il ne suffit pas de développer des services géolocalisés pour que les utilisateurs se les approprient. Les opérateurs et les entreprises doivent prendre conscience des réticences naturelles qui existent et adapter leur offre.

Entretien avec Nicolas Nova auteur de "Médias géolocalisés : comprendre les nouveaux espaces numériques"*.
L'Atelier : Le HIIT publiait récemment une étude qui met en avant la volonté des consommateurs de garder la main sur les services localisés. Existe-t-il une peur de ce type de services?
Le problème est différent selon l'endroit où l'on se situe. En Asie, les usagers sont très curieux et s'approprient très vite ces technologies, particulièrement en Corée et au Japon. Aux Etats-Unis et en Europe, les gens sont plus réticents. Il existe en Europe continentale un imaginaire collectif sur le vol de données, l'intrusion dans la vie privée et la peur de ne pas savoir qui accède à nos informations. Cela freine le déploiement de ces services. Cet imaginaire est d'ailleurs en contradiction avec ce qui ressort des études menées où les gens sont surpris du manque de précision de cette technologie. D'après les études menées, je ne pense pas que les utilisateurs soient prêts à donner pleinement des informations géolocalisées en temps réel comprenant leur identité.
Pourtant la demande existe. Il suffit de voir le nombre d'applications localisées en train d'être lancées sur le marché.
Oui. Les utilisateurs sont très curieux de savoir où sont leurs amis. Le principe des réseaux sociaux mobiles attire beaucoup de personnes. En fait, ce que les gens veulent, c'est pouvoir sélectionner les individus ayant accès à leur position - pas mes collègues le week-end, mes amis mais pas ma famille - et non avoir un profil totalement public. Cette attitude ajoutée à l'utilisation souvent occasionnelle de ces services posent des problèmes aux entreprises qui ne peuvent définir des modèles économiques fiables et donc implémenter ces outils.
Autre problème : la trop grande concurrence. Par exemple pour la localisation d'amis, il faut que tous ces derniers utilisent le même outil. Si on a deux amis sur Google latitude et les autres répartis sur différents réseaux sociaux mobiles, l'efficacité du service est très limitée.
Comment résoudre ce type de problème ?
Une des questions que se posent opérateurs et entreprises est comment réellement utiliser ces services. Il existe plusieurs méthodes pour les faire accepter par les consommateurs. Par exemple grâce à des utilisations ludiques, comme des jeux localisés dans la ville. Cela représente une bonne solution pour familiariser les gens avec la technologie. Autre solution, qui est déjà proposée aux Etats-Unis : rendre les utilisateurs anonymes. Des services capables de donner des indications sans que l'utilisateur ne dévoile son identité représentent un réservoir important de services et sont généralement mieux acceptés par les usagers. Par exemple, envoyer et recevoir des données sur les flux de population dans la ville. On saura donc si on prend un métro ou un autre pour éviter l'affluence ou encore dans quel endroit de la ville on doit se diriger pour trouver les endroits populaires. Dans ce cas, il y a une simple agrégation de données qui ne met pas en danger celles qui concernent les individus. Ces services sont souvent peu développés mais offrent pourtant un panel des possibles importants.
*FYP édition, 2009.

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