Handicap et Internet: vers une véritable accessibilité numérique? "Aujourd'hui, si le Web n'est pas suffisamment accessible, c'est par méconnaissance"

Par 19 février 2007

Entretien avec Bernard Ourghanlian, directeur technique et sécurité chez Microsoft France. L'Atelier : Bernard Ourghanlian bonjour. Pourriez-vous me dire quels sont les enjeux...

 
 
 
 

Entretien avec Bernard Ourghanlian, directeur technique et sécurité chez Microsoft France.
  

L'Atelier : Bernard Ourghanlian bonjour. Pourriez-vous me dire quels sont les enjeux aujourd'hui d'un Internet accessible?
 
Bernard Ourghanlian : Un Internet accessible, c'est un Internet que tout le monde peut utiliser. Ce qui veut dire que quelque soit la personne qui est en face du Web, toutes ses parties doivent lui être accessibles, même si les moyens d'atteindre ces parties ne sont pas forcément les mêmes pour tout le monde. L'idée est de faire en sorte qu'il n'y ait pas un petit recoin d'Internet qui ne soit pas accessible à une personne pour une raison ou pour une autre, qu'elle souffre d'un handicap majeur ou mineur.
 
L'Atelier : Quelle est la situation aujourd'hui?
 
B.O : Je pense que c'est un sujet sur lequel il y a eu des progrès mais il reste encore beaucoup de travail à accomplir, parce que la prise de conscience de l'importance de l'accessibilité n'est pas suffisante. Un très gros travail de pédagogie et d'explication s'impose. Pour beaucoup, l'accessibilité est synonyme de coûts supplémentaires pour transformer un site Web non accessible en un site qui l'est. Il faut absolument démystifier la chose. Le Web accessible n'est pas forcément un Web plus cher. Il peut même être un Internet mieux conçu. Les pages accessibles, bien souvent, sont mieux organisées, ont une ergonomie plus conviviale et permettent une navigation plus aisée. Finalement, rendre un site Web accessible, c'est d'abord en faire un site plus agréable pour tous. Par ailleurs, en dehors de ces dimensions-là, il est certain que l'accessibilité ne concerne pas nécessairement uniquement des personnes lourdement handicapées, mais aussi des personnes qui peuvent être âgées. Avec l'augmentation de l'espérance de vie de l'ensemble de la population, il est clair que le Web est aussi un outil merveilleux pour garder du lien social. Et ne serait-ce que d'un point de vue commercial, l'idée de permettre à des personnes âgées de faire du commerce en ligne intéresse tout le monde. En fait, je pense qu'aujourd'hui, si le Web n'est pas accessible, en tout cas pas suffisamment, c'est principalement par méconnaissance.
 
L'Atelier : Microsoft vient de lancer son dernier système d'exploitation, Windows Vista. Quelles sont les solutions d'accessibilité qu'il propose?
 
B.O : Microsoft Windows Vista intègre des paramètres et des programmes d'accessibilité qui facilitent l'utilisation de l'ordinateur en ce qui concerne notamment l'affichage ainsi que la lecture et la gestion des sons. Microsoft a consacré plus de trois années de recherche pour comprendre les besoins des personnes ayant des déficiences physiques pouvant avoir un impact sur l'utilisation de leur ordinateur. Les options et programmes d'accessibilité de Vista sont particulièrement utiles aux personnes ayant des troubles de la vue ou de l'audition, des douleurs au niveau des bras et des mains ainsi que des troubles cognitifs. Principalement, ce sont le Centre d'ergonomie, un emplacement centralisé auquel vous pouvez accéder facilement afin de régler les paramètres d'accessibilité et gérer les programmes de technologie d'assistance, et les fonctionnalités d'agrandissement et de reconnaissance vocale, qui constituent les améliorations majeures en terme d'accessibilité dans Windows Vista.
 
L'Atelier : Existe-t-il des statistiques sur le nombre de sites Web actuellement accessibles?
 
B.O : Non, et cela serait très difficile à donner, à la fois parce qu'Internet est un océan immense mais aussi parce qu'il est un environnement très mouvant. Une des grandes difficultés d'ailleurs au niveau de l'accessibilité, c'est qu'à un instant donné un site Web peut l'être, et il suffit de mettre en ligne une nouvelle information pour qu'il ne le soit plus. Il ne faut pas simplement intégrer l'accessibilité comme étant un état à un instant donné mais la voir dans la continuité. Il faut donc avoir des outils de publication en ligne qui intègrent un cycle complet de vérification de l'état d'accessibilité des pages qu'on publie et interdire la publication d'une page qui ne serait pas accessible avant qu'il ne soit trop tard. Le processus d'accessibilité doit être intégré dans une réflexion. L'expérience prouve que quand on a au départ conçu le site pour être accessible, qu'on a mis en place les bons outils pour contrôler l'accessibilité, qu'on se fait aussi aider par des personnes handicapées, rendre un site Web accessible n'est pas du tout un gros effort.
 
L'Atelier : Justement, par rapport à cette notion d'Internet en perpétuel mouvement, est-ce que le Web 2.0 a changé la donne de l'accessibilité?
 
B.O : Oui, le Web 2.0 est plus centré sur l'utilisateur, et propose des capacités d'interaction beaucoup plus grandes. Le problème est que la majeure partie des outils matériels qui vont aider les personnes handicapées, comme des plages braille ou des synthèses vocales, reposent très souvent sur des repères et doivent être prévenus de toute modification afin de pouvoir les intégrer. Or le Web, à partir du moment où il devient dynamique, ce qui est le cas du Web 2.0, affiche régulièrement du nouveau contenu. Ce qu'il faut, c'est modifier les sites pour les rendre capables de prévenir les outils, et donc les personnes qui en ont besoin, que le site a changé. Cela peut paraître compliqué mais techniquement, il n'y a rien qui s'oppose au fait de rendre ce genre de sites accessibles. C'est pourquoi il est très important d'insister sur le fait qu'un Web qui devient plus dynamique, plus interactif, plus agréable, plus convivial, plus ergonomique, ne doit en aucune façon être une excuse pour justifier d'un Internet qui redeviendrait non accessible.
 
L'Atelier : Quelles sont les techniques qui existent aujourd'hui pour rendre le Web 2.0 accessible à tous?
 
B.O : Sur le Web 2.0 aujourd'hui, ce que nous essayons de faire en ce qui nous concerne (chez Microsoft, NDLR), c'est d'essayer de sensibiliser les développeurs de sites Web à la façon dont on peut effectivement rendre ces sites accessibles. Nous avons publié récemment un livre blanc qui explique avec tous les détails techniques ce qu'il faut faire pour se servir d'un certain nombre de technologies dites asynchrones pour être capable de rendre ces sites accessibles à tous sans exclusivité.
 
L'Atelier : Est-ce beaucoup plus compliqué que de rendre un site Internet classique accessible?
 
B.O : Non, ce n'est absolument pas plus compliqué, c'est simplement qu'il y a un certain nombre de choses en plus à faire. Il faut apprendre aux gens à les appliquer, mais rien d'insurmontable.
 
L'Atelier : Les sociétés de services qui souhaitent développer des solutions d'accessibilité commencent-elles à regarder les techniques permettant d'adapter le Web 2.0 ou sont-elles encore frileuses?
 
B.O : Ces sociétés ont, déjà, des niveaux de maturité qui diffèrent. Certaines sont spécialisées en accessibilité et sont évidemment au top sur le sujet, d'autres ne sont pas du tout conscientes de la problématique. Ce qu'il faut faire, c'est organiser à leur attention des séances de formation et d'information où on va leur apprendre de manière concrète ce qu'il faut faire pour rendre un site accessible. L'arrivée d'un Web de plus en plus dynamique présente un certain nombre de nouveaux enjeux. Il faut continuer de former, d'informer les gens. Il faut démystifier le fait que l'Internet accessible est un Internet qui coûte plus cher ou qui nécessite des compétences particulières, il faut simplement apprendre aux gens à le faire. Il n'y a rien d'impossible.
 
L'Atelier : Problème de pédagogie plus que problème technologique, finalement.
 
B.O : Absolument, comme bien souvent!
 
Propos recueillis par Mathilde Cristiani
 
(Atelier groupe BNP Paribas – 19/02/2007)

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