Le hardware trouve enfin sa place au pays des start-up

Par 12 avril 2016
Maker

Le marché du hardware qui semblait jusqu’à présent assez risqué d’un point de vue investissements tire enfin son épingle du jeu. Pour preuve, les événements, incubateurs et acquisitions se multiplient.

S'il était autrefois le foyer des réseaux sociaux ou des marketplaces, YC comme la plupart des accélérateurs de la Silicon Valley intègre de plus en plus le hardware. En effet, les 22 et 23 mars derniers a eu lieu le Winter 2016 Demo Day où Y Combinator, a dévoilé ses dernières start-up sélectionnées. Sur les 119 présentées, 34 étaient du domaine du hardware. Ce que n’a pas manqué de pointer du doigt son président Sam Altman lors de son discours d’ouverture: « Vous remarquerez que beaucoup de nos start-up ne s’inscrivent pas dans la catégorie software traditionnelle. »

Quand on voit que Facebook a racheté Oculus pour 2 milliards de dollars et Google en a fait de même avec Nest Labs pour 3,2 milliards, on peut penser que cette tendance revient en force sous de nombreuses formes : réalité virtuelle, drones, objets connectés et même dans le domaine des Fintech… La raison ? Les domaines d’applications deviennent de plus en plus accessibles (protocoles open source comme l’IFTTT pour l’Internet des Objets...) et le manufacturing est enfin rapide et peu cher (imprimantes 3D…).  Et surtout, les usages possibles grandissent en même temps. Les start-up n’ont donc plus peur de se lancer dans ce marché.

AngelList

Une démocratisation grâce au crowdfunding

Et le crowdfunding n’est pas étranger à ce nouveau changement de paradigme. En effet, l’apparition de plateforme de financement participatif (Kickstarter, Indiegogo…) a complètement changé les mentalités puisqu’il s'agit maintenant de vendre la vision avant le produit, bousculant ainsi la chaîne de valeur. Si le domaine n’a rien de nouveau, on constate une volonté pour ces plateforme d’aller plus loin dans le simple accompagnement sur les premiers financements : des solutions 3PL comme Backerkit ou Bisly se chargent aujourd’hui de faire le point entre le financement participatif des projets et le retail. Les services de développement sont donc aujourd’hui suffisamment développées pour permettre aux entrepreneurs de ne plus prendre peur face aux processes du hardware, et ce malgré des obstacles encore très nombreux.

startup investment

En outre, cette nouvelle mentalité constitue un levier idéal pour convaincre des investisseurs. En effet, l’investissement early stage dans le hardware est très risqué car il demande des fonds beaucoup plus importants qu’ailleurs. Le crowdfunding en plus d’apporter un premier financement intéressant permet de déterminer si le produit a une place dans le marché ou non.

Malgré tout, si les incubateurs et accélérateurs scandent d’ores et déjà haut et fort « Hardware is the new Software », ce n’est pas encore le cas des VC. Ne comprenant pas toujours ce marché et son besoin financier, le virage est difficile. Surtout en France, où les tickets sont beaucoup trop petits pour permettre une émancipation du hardware, alors pourtant même que de nombreux experts s’accordent à dire que la France est le pays le plus prometteur dans le secteur, ce qui contraint nos entrepreneurs à s’expatrier.

La France et son Braindrain

Assurément, les Français attirent l’attention du public et occupent une place de plus en plus importante dans le milieu mondial de l’innovation physique. De nouvelles infrastructures surfent sur cette vague, tel que le Hardware Club : premier incubateur/accélérateur dans le hardware et les objets connectés, rassemblant 130 startups sur 20 pays et basé en France.

Et les résultats de cette émulsion sont visibles depuis le début de l’année. Ainsi, le CES 2016 en janvier a été marquée par l’invasion française : troisième pays le plus représenté avec 190 start-up sélectionnées, soit un tiers des startups présentes au salon, et dont la plupart étaient issues du hardware. Les spectateurs se sont enthousiasmés face à cette grande présence et a pu se rendre compte de du potentiel français. De même, lors du SXSW 2016, 6 des 14 startups choisies par Business France étaient des startups hardware, contre 3 sur 15 l’année dernière.

Pourtant, sur 2 milliards d’euros levés en 2015 en France, le hardware n’est représenté qu’à hauteur de 90 millions d’euros (Netatmo, Prodways et Aledia). Beaucoup d’actions sont donc encore à accomplir pour amener l’écosystème français à maturité et à affirmer sa place parmi les plus grands acteurs mondiaux. Comme cela a été montré de nombreuses fois dans le passé en matière d’innovation, la France produit la technologie, mais peine à développer le business. Là où d’autres pays comme la Chine et plus particulièrement Shenzhen excellent.

Shenzhen, la « Silicon Valley » du hardware

Longtemps considérée comme l’antre des produits bas de gamme, la Chine -- et plus particulièrement son épicentre d’usines, Shenzhen --  est en train de grandir, au point de devenir ce que certains appellent déjà la « Silicon Valley » du hardware.

Ce n’est pas tant le coût bas et les ressources disponibles qui rendent la zone aussi productive, mais plutôt la qualité des usines s’améliorant beaucoup plus rapidement que les autres pays de production, avec la présence d’ingénieurs qualifiés à tous les niveaux de la chaîne. Le manufacturing est ainsi devenu agile et responsif, et correspond aux besoins des nouveaux entrepreneurs. On parle d’une « Xiaomisation » des produits électroniques en référence au réputé smartphone haut de gamme à bas prix qui y est fabriqué. Avec la croissance de structure qui y ont décidé de domicilier telles qu’Haxlr8r, le plus grand accélérateur de startups hardware du monde, la ville a encore de beaux jours devant elle.

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