Le Hardware a le vent en poupe

Par 22 août 2016
Hardware : l’accompagnement, une partie intégrante du financement de start-ups

Rencontre avec Barbara Belvisi, co-fondatrice du Hardware Club, une communauté internationale de start-ups spécialisées dans le développement de produits électroniques.

En septembre 2015, Bolt, une entreprise américaine d’investissement en capital risque, attirait l’attention sur la croissance fulgurante des financements de start-ups hardware. Selon les propos de Christopher Quintero associé chez Bolt, ceux-ci auraient en effet été multipliés par plus de 30 depuis 2010. Les dernières années ont également été le témoin de belles introductions en bourse et autres rachats. Nest, GoPro et Fitbit en sont des illustrations notables.

Les start-ups suscitent donc plus que jamais l’intérêt des investisseurs. Pourtant développer une start-up hardware n’en reste pas moins difficile. L’opposition traditionnelle aux entreprises de software, qu’on dit plus faciles à développer, resterait-elle encore valable aujourd’hui ?

Rencontre avec Barbara Belvisi, co-fondatrice du Hardware Club, un club sélectif de start-ups hardware qui accompagne ses membres dans leur expansion grâce à un réseau solide de partenaires et des financements. 

Le hardware a le vent en poupe

Quelles ambitions porte le Hardware Club ?

Barbara Belvisi : L’idée du Hardware Club a émergé il y a deux ans suite à un double constat : d’une part, la prise de conscience de la révolution hardware que nous vivons depuis quelques années et d’autres part, les challenges auxquels font face les start-ups du secteur. Si les projets se multiplient aux quatre coins du monde, les entrepreneurs du hardware éprouvent encore aujourd’hui de vraies difficultés à identifier les bons partenaires pour développer leurs produits, à mettre en place les réseaux de distribution pour vendre à l’international et à dénicher des sources de financement.

Mon co-fondateur, Alexis Houssou, et moi-même ayant entrepris une première carrière dans le domaine de l’investissement, nous avons ainsi lancé le Hardware Club, une structure d’accompagnement de start-ups hardware portée par une solide expertise financière.

Il rassemble aujourd’hui 205 sociétés dans 28 pays différents. Nous avons ainsi reçu près de 3000 candidatures depuis nos quelques 18 mois de fonctionnement. Notre taux de sélection oscille entre 6 et 8 %.

Le Hardware Club ne se veut ni accélérateur ni incubateur. Il s’agit d’un club sélectif de sociétés qui fabriquent des objets électroniques, quel que soit leur stade de développement. Parmi notre portfolio se trouvent des start-ups en phase d’amorçage - il faut nécessairement un prototype fonctionnel pour postuler - comme des entreprises avancées.

Les entreprises rejoignent notre communauté gratuitement. Ainsi, nous ne prenons pas part au capital des sociétés. En outre, elles accèdent à l’intégralité de nos ressources, à savoir plus d’une centaine de partenariats avec des grands comptes tels que FoxConn, Jabil ou encore Flextronics pour la production, Boulanger, la Fnac, Best Buy, Amazon et Walmart pour la distribution. De surcroît, nous investissons dans les sociétés. À ce titre, nous avons réalisé l’an passé 10 investissements et travaillons actuellement à accélérer ce rythme.

Les exits marquantes des start-ups hardware

Vous possédez des bureaux à Paris, Taipei et San Francisco. Que vous confère cette présence internationale ?

L’implantation internationale était capitale bien que le Hardware Club soit né en France. D’ailleurs, le fait qu’il s’agisse d’une création française n’est pas tout à fait un hasard. La France a été et continue d’être une terre favorable au développement du hardware. Bien avant l’arrivée d’Apple, la France a été championne de l’électronique grand public. Nous avons une manne d’ingénieurs talentueux dans le développement de produits ainsi que des designers de renommée internationale. Le domaine des télécommunications a pu voir émerger des géants à l’image d’Alcatel, fer de lance de l’écosystème hardware français.

Cependant, dès les trois premiers mois de l’activité, nous avons souhaité développer nos réseaux à l’international, d’où le triptyque France - Chine - États-Unis. En effet, une entreprise hardware ne vend que très rarement sur un seul marché et adopte rapidement une dimension internationale.

Le Hardware Club est donc une structure hybride en matière de soutien aux start-ups. Disposez-vous d’une forme de concurrence ?

Ce qu’on désigne par la révolution hardware a commencé en 2011. La commercialisation de l’iPhone par Apple en 2007 a entrainé une baisse drastique du coût des composants, une vulgarisation de l’électronique grand public et a initié un nouveau concept : l’apport de connectivité dans les objets. En parallèle, l’impression 3D qui a facilité le prototypage suivie de l’éclosion des plateformes de crowdfunding ont permis l’avènement du hardware. En 2011, les accélérateurs et autre Fablabs se sont quasiment tous concentrés sur une phase primordiale de l’accompagnement de start-ups hardware, le prototypage. Or, nous intervenons sur les étapes suivantes, ce qui nous rend complémentaires plutôt que concurrentes de ces structures.

Pourrait-il s’agir d’un modèle inspirant pour les fonds en capital risque ? Autrement dit, le venture capital (VC) de demain devrait-il selon vous s’inspirer de votre modèle ?

En observant les modèles de financements de start-ups actuels, force est de constater qu’il existe un besoin d’apporter plus que des capitaux mais de fournir des ressources, une expertise, un savoir-faire et un réseau pour permettre à la start-up de grandir.

Parmi les modèles américains qui nous ont inspirés se trouve Y Combinator, plus grand accélérateur de start-ups au monde qui investit également dans les projets prometteurs mais aussi Andreessen Horowitz, fonds de capital risque célèbre de la Silicon Valley. À l’heure actuelle, l’équipe opérationnelle au sein de ce fonds est plus importante que l’équipe d’investissements. C’est dire si le rôle de l’accompagnement dans le processus de financements de projets entrepreneuriaux et plus généralement dans la stratégie des VC est crucial !

Au Hardware Club, nous avons une approche communautaire de ressources qui est centrée sur un secteur spécifique. Ce qui constitue selon nous un nouveau modèle de VC.

Parmi les membres du Club, pouvez-vous citer des exemples de projets dans lesquels vous avez investis ?

Nos projets sont d’une grande diversité, allant de la robotique aux objets connectés.

Nous avons par exemple rencontré les fondateurs de Prynt à leur sortie de l’École polytechnique, lorsque les grandes lignes du projet n’étaient encore que rassemblées au sein d’une présentation Power Point ! Aujourd’hui, ils se sont entourés d’une équipe de 25 personnes et ont ouvert des bureaux à San Francisco. Ils ont levé plus de deux millions de dollars et nous avons investi dès les prémisses de la jeune pousse. Il s’agit d’un beau succès français tout comme d’un projet qui a su se développer rapidement à l’international.

Lima fait également partie de notre portfolio. Elle fut la première startup à collecter plus d’un million d’euros via Kickstarter. S’en est suivi un développement accéléré aux États-Unis.

Nous comptons également Keecker parmi nos membres. Fondée par un Français passé par Google, la start-up développe un robot multi-fonction pour la maison connectée. Celui-ci permet de vidéo-projeter un film tout comme de surveiller sa maison grâce à sa caméra 360 degrés.

De plus, nous avons investi dans Reach Robotics, qui développe les premiers robot-jouets dotés de réalité augmentée. Nous comptons ainsi parmi nos membres, Kano, un ordinateur que l’on peut monter très facilement à destination des enfants. Il permet également de les familiariser avec la programmation informatique.

Parmi les projets membres du Hardware Club qui ont reçu une grande exposition médiatique, le train à grande vitesse Hyperloop, Misfit qui fabrique des traqueurs d’activité physique, rachetée par le Fossil (fabricant américain de vêtements et d’accessoires) ou encore Whistle, qui développe des colliers connectés pour chiens, acquis par Mars distribution.

La légende veut qu’il soit plus difficile de construire une start-up hardware que software, qu’en pensez-vous ?

Ce sont deux choses très différentes, et ce d’abord du point de vue de l’expertise demandée en interne. Une startup hardware a généralement un seul modèle économique : fabriquer un produit, le vendre et réaliser une marge sur celui-ci. Un entrepreneur dans le domaine hardware doit donc avoir la capacité de gérer la production d’un produit, de définir son prix, de le distribuer en rayons et de générer une marge.

D’ailleurs, ces compétences peuvent être peu développées parmi les entrepreneurs de la tech ayant baigné auparavant dans l’univers software. 

Par ailleurs, les startups hardware souffre d’un manque de financement. Les VC historiques ont depuis plus de 30 ans principalement financé du software. Or les mécanismes économiques dissimulés derrière le financement de start-ups hardware diffèrent largement.

En matière de hardware, les investisseurs doivent être prêts à placer davantage de capitaux dans la société en amont afin de financer le prototypage, l’outillage et le lancement du produit. Ce qui s’en suivra par moins de tours de refinancements en comparaison des start-ups software.

Il reste encore à de nombreux acteurs à se familiariser avec ce mode de financement, tout comme cette approche de l’investissement qui divergent par rapport à l’applicatif et au software.

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