[Hello TMRC] "L’innovation n’a pas de nationalité, elle est partout"

Par 18 avril 2014
hardware

Le hardware reprend le dessus sur le software grâce à la baisse des coûts et l’accessibilité à des technologies de pointe, ce qui favorise le développement de l’industrie robotique.

Entretien avec Benjamin Joffe, mentor au sein de l’accélérateur HAXLR8R, dans le cadre de la conférence Tomorrow Do It Yourself au Hello Tomorrow Challenge.

L’Atelier : Pouvez-vous présenter HAXLR8R ?

Benjamin Joffe : HAXLR8R est un programme d’accélération pour les startups qui existe depuis deux ans et nous sommes spécialisés dans le hardware. Les startups recrutées viennent du monde entier. Nous sommes basés à Shenzhen, près de Hong Kong. C’est un peu le centre nerveux de la production électronique mondiale avec un accès à des usines de différents secteurs. C’était un choix stratégique car c’est là où les meilleures entreprises produisent et c’est aussi un lieu unique puisque toute la chaîne d’approvisionnement y est à disposition. C’est un tissu industriel qu’on ne retrouve nulle part dans le monde.

Les projets que nous suivons couvrent les objets connectés en général, les "wearable devices", la robotique, les drones, l’impression 3D… aussi bien en B2B qu’en B2C. Sur les 30 startups qui ont déjà terminé le programme, sachant qu’on en suit 10 tous les 6 mois, 16 ont réussi leur campagne de crowdfunding avec une moyenne de 250.000 dollars. Cela prouve qu’il y a bien une demande dans ce domaine. Une startup qui rencontre pas mal de succès en ce moment est Spark, une plateforme hardware et un service de cloud pour les objets connectés et elle est en train de devenir très populaire. Elle fabrique déjà des dizaines de milliers d’appareils. Il y a aussi Nomiku, un thermoplongeur qui s'attache à n'importe quelle casserole pour réaliser de la cuisine sous vide. Ou encore Hex qui crée des hélicoptères ou des drones permettant la surveillance et l’inspection.

Comment expliquer cet engouement pour le hardware alors qu'il y a quelques années l'innovation se portait plus sur les usages et softwares ?

Notre accélérateur est un des pionniers dans le monde. La plupart des accélérateurs existants ne font que du software et lorsqu’ils se retrouvent avec des entreprises de hardware, ils ne savent pas vraiment comment les aider. Avec le software, il est facile d’avoir des résultats assez vite, il suffit de poster sur Internet et les gens peuvent voir le résultat final. Mais avec le hardware, il faut savoir fabriquer un produit, le mettre dans les mains des utilisateurs, etc et ça prend du temps. Donc les résultats des accélérateurs génériques sont assez médiocres.

Le hardware existait avant le software et quand on parle de startup hardware c’est en général une combinaison d’électronique et de software. Il y a de plus en plus de startups en général donc les coûts pour monter une startup ont baissé. Et les coûts d’une startup hardware ont aussi baissé, au moins dans la phase de prototypage et ce grâce au Arduino (ndlr : circuit imprimé en matériel libre composé d'un microcontrôleur permettant à n'importe qui de créer des objets interactifs), aux prix des composants qui ont chuté, aux smartphones qui sont maintenant partout, à l’impression 3D, etc. Cela permet donc de créer des prototypes fonctionnels assez vite à moindre coût. En revanche, il reste des difficultés notables : identifier proprement un marché, trouver comment industrialiser, distribuer et financer.

Je pense aussi qu’il y a un plaisir particulier à créer un objet physique, qu’on ne retrouve pas dans le software pur. Il y a un aspect esthétique et tactile, mais aussi d’accès direct : on n’a pas besoin d’avoir un ordinateur. C’est un objet qui remplit tout de suite une fonction.

Quelle sera la prochaine étape pour le mouvement "Do it yourself" et les tendances dans le hardware ?

Le "Do it Yourself" est le fondement du hardware. Les nouveaux composants moins coûteux, l’impression 3D etc élargit les possibilités. On peut donc imaginer que de nombreuses sociétés vont émerger en créant des produits de niche qui n'auraient pas pu exister auparavant pour des raisons techniques ou économiques. Les plateformes de prototypage facilitent également le processus car on n’a pas besoin de connaître les secrets de l’électronique pour faire plein de choses. Quasiment n’importe qui sachant programmer peut prendre un Arduino et en faire un prototype viable.

Le développement robotique se développe fortement en ce moment. On a notamment plusieurs startups en robotique au sein de l’accélérateur. Il y a par exemple un robot industriel de nettoyage ou encore un robot garde-forestier qui est capable de repérer un départ de feu et d’envoyer des drones pour éteindre l’incendie grâce à l’analyse de la signature thermique.

Quel est votre avis sur la dynamique d'innovation en France par rapport à l'étranger ?

L’innovation n’a pas de nationalité, elle est partout. En revanche, il y a des questions d’opportunités et d’écosystème à prendre en compte : l’accès aux talents sur place, à des capitaux, la présence de grandes entreprises qui rachètent, l’accès au marché, etc. Avec la même activité, une entreprise basée aux Etats-Unis rencontrera plus de succès qu’en France, car le marché y est dix fois plus grand. La France a des idées mais les Etats-Unis ont l'action, le nombre et la fluidité du marché de l'emploi. Il y a aussi une question de réglementations : l’immigration, l’embauche et la débauche, etc. Je recommanderai donc aux entreprises de viser grand mais de commencer sur un marché de niche et de livrer vite leurs produits.

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