High tech: acquisitions, valorisations et levées de fonds astronomiques en 2014

Par 02 janvier 2015
valorisations high tech

En 2014, des entreprises technologiques ont atteint des valorisations jusqu’alors jamais enregistrées. De plus, les montants des acquisitions et levées de fonds ont atteint des sommets.

Même si les valorisations exorbitantes des entreprises technologiques ne sont pas nouvelles, l’année 2014 a été riche en levées de fonds et acquisitions de start-ups qui ont atteint des montants inédits, démontrant la croissance phénoménale de l’écosystème technologique. Et surtout, cela confirme la puissance des leaders du secteur, et met en lumière le changement de paradigme causé par l’économie numérique. Leur modèle de création de valeur centré sur le consommateur, leurs nouveaux modèles de travail favorables à l’innovation ou encore leur attraction des talents constituent quelques clés de leurs succès.

En particulier, les GAFA (acronyme pour Google, Apple, Facebook et Amazon) ont assis leur suprématie en générant des revenus gigantesques (déjà 123 milliards de dollars en 2013) et Apple est devenue la première valorisation boursière au monde, évaluée à plus de 600 milliards de dollars (plus que l’ensemble de la bourse russe).

Et au-delà de leurs revenus astronomiques, frisant parfois ceux de certains états (316 milliards de dollars de chiffre d’affaires pour les GAFA en 2013 contre 330 milliards pour le Danemark), ces géants technologiques disruptent tour à tour tous les secteurs et investissent massivement dans les secteurs d’avenir.

Investir pour façonner le futur

Afin de continuer à innover, conserver une très forte croissance et gêner les acteurs traditionnels, ces entreprises sont prêtes à y mettre les moyens. Ces géants ont en effet une stratégie claire : l’absorption de masse. En acquérant des start-ups, cela leur permet de créer des écosystèmes et de trouver des débouchés pour leurs produits, même si cela nécessite de s’éloigner de son coeur de métier. Finalement, comment définir Google ? Ou Facebook ? En tout cas pas par les simples formules "moteur de recherche" ou "site de e-commerce", tant leurs activités sont variées (qui aurait imaginé qu’ils se lanceraient dans des projets tels que connecter la Terre grâce à des drones).

Et lorsqu’il s’agit d’élargir leur sphère d’influence et éviter la concurrence, ces entreprises savent y mettre le prix. Un des exemples le plus frappant de cette stratégie reste le rachat de Whatsapp par Facebook pour 19 milliards de dollars au début de l’année. Avec plus de 450 millions d’utilisateurs actifs chaque mois, cette application de messagerie instantanée faisait de l’ombre à son homologue détenu par Facebook, Messenger. L’entreprise de Mark Zuckerberg s’est donc offert une porte d’entrée supplémentaire vers son service en déboursant une somme astronomique, justifiée par la croissance et la rétention phénoménales de Whatsapp. Si Facebook affiche donc son ambition de devenir le leader de la communication, en particulier grâce à son virage réussi vers le mobile, l’entreprise veut aussi façonner la plateforme de demain. Pour cela, elle s’est offert la start-up Oculus pour 2 milliards de dollars, qui développe un casque de réalité virtuelle.

De son côté, Google a aussi investi dans de nombreux secteurs, en particulier la santé (avec le projet Calico) et l’intelligence artificielle. L’entreprise de Mountain View s’est donc offert DeepMind pour 400 millions de dollars, entreprise spécialisée dans le Deep Learning (science informatique qui consiste à simuler le fonctionnement d’un cerveau humain) afin de développer l’analyse prédictive grâce au machine learning. Google a aussi mené une des plus importantes levées de fonds de l’année, en faveur de la start-up Magic Leap. Cette start-up basée en Floride, et pour l’instant très secrète sur sa technologie, a en effet sécurisé un seeding (amorçage) s’élevant à 542 millions de dollars auprès d’investisseurs très influents (Qualcomm, Andreessen Horowitz notamment) dont Google. Magic Leap veut amener le digital dans le monde réel grâce à des wearables, technologie appelée Cinematic Reality.

 

Apple, soucieux de trouver un relais de croissance pour sa plateforme musicale iTunes, s’est quant à lui offert Beats, qui comporte le service de streaming musical Beats Music, pour 3 milliards de dollars. Facebook et Google ont tout de même tour à tour échoué dans l’acquisition de Snapchat, qui a refusé 3 puis 4 milliards de dollars. Seulement 6 mois après ces deux offres, l’application de partage de photos éphémères était valorisée 10 milliards, et compte devenir le "prochain Youtube", selon les mots du jeune CEO Evan Spiegel. Ces levées de fonds et acquisitions gargantuesques sont rendues possibles grâce aux profits considérables des géants technologiques. Cependant, la disruption s’est aussi opérée dans d’autres domaines, et les investisseurs ont parié sur l’avenir et la croissance.

La disruption et la croissance plus que jamais valorisées

A titre d’exemple, 13,9 milliards de dollars ont été investi dans l’écosystème technologique de la Silicon Valley, et cela seulement au second semestre de l’année 2014. Ce seul chiffre traduit un marché survolté, où les interactions entre investisseurs, entrepreneurs et instances académiques sont plus fortes que jamais. D’ailleurs, des célèbres investisseurs et personnalités de l’écosystème ont dispensés un célèbre cours nommé "How to start a startup” à Stanford, organisé par l’incubateur californien Y Combinator. Ces investissements massifs ont contribué a former au cours de ces dernières années le "Unicorn Club", désignant le club très privilégié des entreprises américaines valorisées à plus d’un milliard de dollars et faisant la notoriété de certains investisseurs.

Parmi celles-ci, la société de transports Uber à la croissance phénoménale, amenant à une valorisation s’élevant à 40 milliards de dollars. Au total, Uber aura levé 3,5 milliards de dollars en 2014, principalement pour développer son service en Asie et faire face aux concurrents locaux. Le service de VTC a déjà révolutionné le transport, et ces levées de fonds vont lui permettre de continuer sa croissance, même si des nombreuses régulations freinent son expansion. De son côté, Blablacar a sécurisé une levée de fonds de 100 millions de dollars pour consolider son service de covoiturage.

Dans le secteur des transports, les deux entreprises d’Elon Musk Tesla et SpaceX ont elles aussi atteint des valorisations vertigineuses. Tesla a annoncé cette année le lancement de deux nouveaux modèles, mais surtout la construction de sa Gigafactory dans l’état du Nevada, usine de batteries qui sera capable de mettre 500 000 nouvelles voitures par an selon les prévisions.

Signe de cette disruption, Tesla, fondée en 2003, est aujourd’hui valorisée 22 milliards de dollars, plus que Renault (21 milliards) fondée il y a plus d’un siècle. L’entreprise de vaisseaux spatiaux commerciaux SpaceX est maintenant valorisée 10 milliards de dollars alors qu’elle n’a été fondée qu’en 2002, et dispose d’accords privilégiés avec la NASA.  

Des acteurs asiatiques ont aussi prouvé leur force. Le site de e-commerce chinois Alibaba a réalisé la plus grande entrée en bourse jamais réalisée, levant plus de 25 milliards de dollars, et faisant grimper sa valorisation à plus de 200 milliards. Le constructeur de smartphones chinois Xiaomi a lui aussi fait grimper sa valorisation à 45 milliards. 

Enfin, le secteur de la finance a lui aussi connu des acteurs disruptifs. En effet, les 13,5 millions de bitcoins présents sur le réseau Bitcoin le valorise à 4,7 milliards de dollars, et des entreprises travaillent sur d’autres applications que le paiement en se basant sur le protocole du Bitcoin, réseau informatique surpuissant. L’entreprise de prêt Lending Club, menée par Renaud Laplanche, a quant à elle levé 870 millions lors de sa récente introduction en bourse, ce qui valorise l’entreprise à 5,4 milliards, dont la philosophie “s’approche plus de celle des géants technologiques que celle des banques ».

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Ces valorisations mettent donc en lumière un marché qui connaît une croissance phénoménale, et affirme que la technologie est aussi capable de s’attaquer à des secteurs jugés jusqu’alors "indisruptibles" (industrie spatiale, transports …). Comme le rappelle le très célèbre investisseur Marc Andreessen, "software is eating the world", le logiciel dévore le monde.

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