Immobilier: "le premier qui franchira le pas de l’innovation prendra une vraie longueur d’avance"

Par 22 mai 2014 2 commentaires
Explorimmoneuf 3D

Oculus Rift, 3D…les applications et solutions technologiques innovantes investissent le secteur immobilier. Notamment pour aider à acheter ou louer son bien en améliorant ou facilitant l’expérience de la visite. Mais l’ensemble du secteur est-il prêt à franchir le pas et proposer des services innovants ?

Entretien dans le cadre de l’émission L’Atelier numérique sur BFM Business avec Hervé Loreau, directeur de l'Innovation chez Explorimmo et Vincent Lecamus, entrepreneur spécialisé dans l'internet immobilier pour Moobz.fr

L’Atelier: Explorimmo a proposé lors d’un salon de l’Immobilier aux visiteurs de tester une expérience immersive via le casque de réalité virtuelle Oculus Rift. Hervé Loreau, vous êtes directeur de l'Innovation chez Explorimmo. Cette expérience amorce-t-elle un nouveau tournant pour les agences, à savoir visiter son bien en restant dans l’agence, un bureau de vente ou chez soi?

Hervé Loreau: Les différents salons de l’immobilier ont été l’occasion de présenter différentes technologies au service de notre activité : l’impression 3D. Car la 3D peut rendre des vrais services. Quant à la technologie de réalité virtuelle via l’Oculus Rift, cela ouvre de vraies perspectives pour notre secteur. Munis d’un casque et d’une manette de jeu pour se déplacer, on peut ainsi visiter un appartement ou une maison tout en restant assis dans un fauteuil. C'est encore plus immersif que la géode ou qu’un cinéma panoramique.

Et quand je tourne la tête à droite et à gauche, que voit-on ?

Les capteurs de ce fameux masque rendent l’expérience immersive à 360 degrés et vous font tourner vraiment la tête dans le virtuel. Vous êtes vraiment dans l’appartement et vous pouvez circuler dans l’appartement. L’intérêt de la virtualisation repose aussi sur la possibilité de pouvoir stimuler de la décoration, simuler un aménagement via la manette de jeu. Par exemple, appuyer sur un bouton pour changer d’ambiance lumineuse, changer le matériau au sol (moquette ou parquet, par exemple) ou le modèle de la cuisine.

Quelles sont les réactions des professionnels ?

Hervé Loreau: Tout le monde disait : « C'est génial. Maintenant, il faut juste qu’on arrive à trouver des cas d’usage … » C’est plutôt aux professionnels de trouver ces usages de façon à ce que ça corresponde avec ce qu’ils ont envie de partager avec leurs clients.

Vincent Lecamus, vous êtes entrepreneur spécialisé dans l'internet immobilier pour Moobz.fr et vous avez le blog immobilier 2.0. Etes-vous d'accord sur le fait qu’il faut encore attendre pour proposer ce type d’applications ?

Je pense qu’on est encore à quelques années de ce type d’application pour l’Oculus en l’état actuel. Maintenant pour la 3D, il y a déjà des cas d’utilisation à l’initiative de certains professionnels qui ont une vision du marché qui paraît avant-gardiste dès lors que personne d’autre ne passe le pas. Aux Etats-Unis par exemple, les professionnels de l’immobilier ont en moyenne 59 ans et les acheteurs, 39 ans. Il y a donc un décalage entre les attentes et les appétences des utilisateurs qui ont grandi avec les technologies face aux professionnels qui n’ont pas les mêmes réflexes. Mais je pense que le premier qui se dira que c'est la bonne solution, il prendra une vraie longueur d’avance.

Le marché de l’immobilier fonctionne très bien sans consacrer beaucoup d’effort sur la présentation des annonces. Alors, l’hésitation n’est-elle pas liée au coût qu’induisent ces nouvelles solutions innovantes ?

Hervé Loreau : Oui, mais la grande mutation numérique implique de s’y intéresser car l’utilisateur va avoir de plus en plus d’informations et de plus en plus de pouvoir. Donc il faut lui donner ce qu’il attend.

Au milieu des années 2000, on parlait déjà de visites en 3D via son ordinateur sur certains sites web. Pendant un moment on en a vu quelques unes d’annonces avec ce système. Et puis finalement après on est revenu à la bonne vieille photo prise depuis le balcon etc. Il y a beaucoup d’initiatives mais au quotidien sur les sites…

Hervé Loreau : Tout à fait. Le vrai sujet c'est l’innovation me coûte combien ?

Vincent Lecamus : Non, le vrai sujet c'est combien me rapporte-t-elle?

Hervé Loreau : Ca me rapporte combien et combien j’investis pour que ça puisse me rapporter. Et là on est en train de franchir des pas. Le casque Oculus, pour reprendre cet exemple va coûter 300 euros environ…. Nettement moins que les Google Glass qui sont autour de 1500 euros...

Ce à quoi il faut rajouter la mise en place de la visite virtuelle et l’interaction ?

Hervé Loreau : Cela fait trois ans qu’on travaille sur ce dispositif. On va arriver à sortir des modèles d’appartements qu’on peut visiter avec son clavier et son ordinateur ou sur une télévision pour un prix qui va être autour de 2 000€. On aura également une application sous IOS ou Android sachant que ces prix OS, iPhone, iPad, une application Android. Et donc pour 15 000€, on peut avoir une application avec tout son catalogue de biens sur une tablette ou un smartphone.

Là on est plus dans la préparation de la visite. Mais d’autres applications, d’autres solutions sont-elles en train d’émerger dans le domaine du service ? J’ai un appartement à vendre. Le voici, regardez-le ?

Vincent Lecamus : Dans les innovations qu’on a notées il y a celles autour de la recherche immobilière parce qu’il y a tout l’amont. Mais l’Open Data risque à mon avis de bouleverser sensiblement les choses. Par exemple, on a remarqué certains sites de professionnels sur lesquels il est possible de chercher son bien par rapport au temps de transport. On a aussi des données sur les écoles. On a des données sur la vie du quartier, s’il est vert ou pas, etc. Certaines choses de ce type vues aux Etats-Unis arrivent en France.

C’est un peu une avant première. J’ai vu un service qui devrait sortir d’ici six mois, le temps pour le professionnel de trouver le business model et le particulier de s’accaparer le service. Il s’agit d’indiquer tous ses critères – au-delà de l’appartement lui-même (le bon quartier en fonction de ses enfants, de son lieu de travail, ses loisirs,…) afin de voir s’afficher tous les biens qui y répondent .

Oui il s’agit d’applications que des particuliers peuvent utiliser entre eux sans passer par la case agence immobilière. En quoi les professionnels peuvent-ils apporter des services spécifiques ?

Vincent Lecamus: On peut se passer de l’agent immobilier pour ce genre d’applications. Maintenant, il ne faut pas oublier un point qui est très important c'est que si on veut vendre un bien, on pourra faire toutes les vidéos qu’on veut, toute la 3D qu’on veut et s’il n’est pas au bon prix, il ne sera pas vendu. Et donc le point essentiel c'est qu’un agent immobilier sait à quel prix va se vendre le bien parce que c'est son métier, c'est ce qu’il fait tous les jours. Et quand on rentre un mandat ou un prix, on le sort plus vite. Et après l’agent immobilier va savoir quelle technologie utiliser pour mettre en avant le bien immobilier. Et du coup je pense qu’il faut faire confiance à cet agent et lui confier un mandat exclusif parce que c'est le deuxième point qui est important. C'est que si jamais il n’a pas un mandat exclusif, il ne va pas faire autant d’efforts pour aller prendre les belles photos. Et un bien avec des belles photos ça se vend plus cher pour aller faire des vidéos, pour aller utiliser la 3D …

 

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2 Commentaires

L'article parle beaucoup de réalité virtuelle, mais en réalité augmentée, les visiteurs peuvent déjà utiliser l'appli Android TrajectoireDuSoleil.net pour prévoir l'ensoleillement en été d'un bien qu'ils visitent en hiver (ou vice-versa).
Idem pour l'agent qui peut incure ces prévisions dans la présentation du bien...

Soumis par contact@sylde.net (non vérifié) - le 23 mai 2014 à 10h01

Merci pour cet article qui présente des points de vue intéressants.
Toutefois, le secteur immobilier est effectivement à la croisée des chemins (comme de nombreux secteurs avec le numérique...).
Il me semble qu'il fait déjà preuve de nombreuses innovations, et que les lunettes 3D sont un élément prospectif intéressant, mais "limitant la vision" des pas déjà faits.
Je pense aux nouveaux modèles de location directe entre particuliers, notamment avec AirBnB. On voit également que le boncoin est devenu le 1er annonceur en France sur l'immobilier.
Par ailleurs, l'adoption des tablettes et les offres d'applications sur tablettes sont aussi en train de chatouiller sérieusement les pratiques des professionnels existants.
Globalement, on a des particuliers de mieux en mieux informés, dans un environnement réglementaire (français) de plus en plus compliqué (merci à la loi ALUR) et qui vont avoir de plus en plus d'outils pour le faire par eux-mêmes.

Soumis par LouisAlexandreL (non vérifié) - le 23 mai 2014 à 10h27

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