"Les infrastructures ne sont pas forcément une barrière à l'investissement"

Par 16 novembre 2009

En Afrique, les entreprises européennes se voient dépassées par la Chine. En cause : une mauvaise lecture des barrières à l'investissement. Entretien avec Nic Cantuniar, directeur des ventes Europe de l'opérateur Cable&Wireless.

L’Atelier : Quelle est la situation des investissements étrangers en Afrique ?
Nic Cantuniar : Tout d’abord, il faut garder en tête que l’Afrique n’est pas un bloc uni. L’Afrique du Sud et l’Afrique du nord sont des cas à part. Ces pays ont bénéficié d’investissements importants alors que le reste du continent a été plus négligé. Cela étant dit, 60% des grandes entreprises chinoises et indiennes se disent prêtes à investir en Afrique, contre à peu près la moitié en Europe. La Chine a longtemps été habituée à une croissance à deux chiffres, elle cherche de nouveaux marchés pour garder une croissance forte. Si l’Europe ne prend pas conscience rapidement de ce phénomène, elle prend le risque de se faire dépasser.
Pourquoi l’Europe est-elle si lente à investir ?
Il y a plusieurs raisons à cela. L’éthique commerciale est différente de ce à quoi les entreprises européennes sont habituées. Les infrastructures constituent un autre problème. Cela concerne bien sûr les infrastructures de base, les routes, les services postaux etc., mais pas seulement. Les entreprises européennes expriment aussi leur inquiétude vis-à-vis de l’état des infrastructures télécom.
Justement, quelle est la situation actuellement ?
Les pays africains sont caractérisés par un boom des services mobiles, ce qui a créé une demande importante de bande passante. Les opérateurs locaux ont donc investi, d’autant que les besoins sont immenses. Rien qu’au Nigeria, on est passé en quelques années de 0 à 50 millions d’abonnés mobiles. Mais les infrastructures Internet aussi se développent, quoique plus lentement.
Est-ce suffisant pour les entreprises ?
Les entreprises doivent interpréter correctement les barrières à l’investissement. Ce n’est pas parce que les infrastructures Internet à destination des particuliers sont peu développées qu’il n’existe pas de solutions adaptées aux entreprises. Cable&Wireless développe tous les jours des infrastructures qui supportent les réseaux d’entreprises. En partant avec un partenaire, il est possible de mettre en place des technologies comparables avec ce qui existe dans le reste du monde.
En développant des services pour les entreprises, comme c’est par exemple le cas du projet de câble sous-marin, on en fait bénéficier les consommateurs, à terme. Les capacités offertes par ce projet sont énormes. Parfois c’est l’inverse, c’est la demande croissante des consommateurs qui crée un besoin suffisant pour que les investissements se mettent en place. Ce fut le cas à la Réunion par exemple. C’est tout cela qui permettra de réduire le gouffre numérique.
Quel sera le rôle des technologies vertes dans tout cela ?
Leur rôle sera très important dans les investissements futurs. Quand on a un marché vierge comme c’est le cas en Afrique, il est beaucoup plus facile d’avoir une approche verte de bout en bout. Les investissements qui seront faits sous ce parapluie seront un gage de responsabilité pour les entreprises. C’est une opportunité fabuleuse pour les entreprises.

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