"Pour innover, il faut penser usages avant technologie"

Par 27 avril 2009
Mots-clés : Smart city

Le pôle ICI réfléchit à des services innovants pour l'espace urbain. Rassemblant artistes, industriels et chercheurs, il vient d'être labellisé pôle de compétitivité régional en PACA. Rencontre avec Olivier Eschapasse, coordinateur du pôle.

L'Atelier : A quels besoins souhaite répondre le pôle Industries de la Créativité et de l'Innovation (*) ?
Olivier Eschapasse : Dans le domaine des technologies de l'information, il nous semble que les innovations majeures viendront plus de l'assemblage de technologies préexistantes que de l'émergence de nouvelles. Ce que nous voulons, c'est apporter des services dans des lieux publics comme les aéroports, où le besoin de communication et d'interactivité est très fort entre l'individu et son environnement (pour gérer les personnes, diminuer l'attente...). Nous souhaitons aussi proposer nos services à l'industrie touristique et aux villes, avec des services permettant aux personnes de se repérer dans des lieux inconnus. Aujourd'hui, avec l'engouement pour les objets communicants et l'ambiance intelligente, on commence à développer ce qu'il faut pour gérer les besoins des gens dans les espaces publics.
Ce ne sont pas tant les technologies qui vous intéressent que les usages, finalement.
Exactement. Ce dont je suis convaincu, c'est qu'il faut penser usages avant technologie. Dans neuf cas sur dix, une technologie ne sert pas à ce quoi à quoi elle était prévue à l'origine. D'ailleurs, quand une technique n'est pas pensée en termes d'usages, elle reste confidentielle. Prenons l'exemple de la géolocalisation des bus. De nombreuses villes savent localiser leurs véhicules. Mais on reste dans une vision gestionnaire. Le vrai service au citoyen, lui, est encore souvent inexistant : l'information n'est pas valorisée auprès des usagers. C'est pourquoi nous travaillons par exemple sur une application mobile qui géolocalise l'utilisateur et lui indique la position des transports en commun autour de lui.
Mais pour le développement de tels services, il existe déjà des agences d'architecture, de design, d'aménagement du territoire...
C'est vrai. D'ailleurs la plupart de nos adhérents travaillent déjà avec des agences. Mais ce qu'ils aiment dans notre approche, c'est son côté pluridisciplinaire. Nous avons également une stratégie plus R&D. La présence d'artistes spécialisés dans les arts de la scène, de la rue et de la ville interactive nous permet aussi de confirmer l'originalité de notre approche : nous nous intéressons à l'humain.
Pour les industriels et les chercheurs, l'art est-il perçu comme une forme d'innovation ?
Oui, tout à fait. L'art permet souvent de réfléchir à l'utilisation ou la réutilisation d'une technologie. Le micro sans-fil par exemple a été inventé après qu'un artiste à qui on a demandé de réaliser un travail autour d'un tournoi de tennis a voulu savoir s'il était possible de transmettre le son des balles sans-fil. Ces derniers ne pouvant être acceptés sur le terrain. Les opérateurs radio lui ont confirmé qu'il était possible de mettre un émetteur dans le manche du micro installé près des cordes, et un autre sur l'ampli. La technologie existait, mais la question de son utilisation ne s'est jamais posée.
(*) Association qui regroupe une soixantaine d'adhérents : entreprises, laboratoires de recherche et artistes spécialisés dans le numérique. Elle réfléchit à de nouvelles façons de mettre en scène l'information dans les espaces communicants et la ville interactive.

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