Pour innover, l'échec est important

Par 27 juillet 2011
Mots-clés : Smart city, EMEA
succès

Les inventions populaires sont souvent le fruits de plusieurs tentatives ratées ou déviées. Reste à savoir comment les exploiter pour nourrir l'innovation. Entretien avec Nicolas Nova, auteur de "Les flops technologiques".

Quel est le point commun entre le cinéma en relief, les robots humanoïdes, Second Life, les frigos intelligents, le visiophone, le livre électronique, le web en 3D ou le monorail ? Tous, à des degrés divers, sont des échecs technologiques. Soit pour des raisons purement techniques, soit pour des raisons commerciales, sociétales, marketing, voire un peu tout à la fois. Ce phénomène fait l’objet d’un livre instructif, Les flops technologiques (FYP Editions), par Nicolas Nova, consultant spécialiste des usages en matière de technologies numériques. Mais le propos du livre est mieux résumé par son sous-titre : "Comprendre les échecs pour innover".

Skype ou le retour du visiophone

"Certains types de produits ne font pas juste l’objet juste d’un ‘flop’", explique l’auteur à L’Atelier,"mais d’une récurrence au fil du temps. Il faut parfois vingt ans pour qu’une idée de départ fonctionne. L’échec est intrinsèque à l’idée d’innovation, il fournit des moyens d’analyser le passé". Le livre électronique est une bonne illustration. Vieille idée remontant aux années 70, elle commence à vaguement s’imposer actuellement. Pas seulement grâce à l’arrivée des liseuses : au fil du temps, la pratique de la lecture sur écran est devenue courante, facilitant l’appropriation de livres numérisés. Le visiophone, présenté une première fois en 1964, n’a pas séduit le public. Mais le principe de téléphoner avec un écran a réussi une percée par un autre biais, Skype. D’où, peut-être, l’occasion pour le visiophone de revenir via l’ordinateur.

Le Web et les succès d’usage

D’autres échecs sont plus patents. Comme le réfrigérateur intelligent, en partie parce que ces concepteurs omettent la dimension pratique, logistique de la livraison des produits. Ou encore les robots humanoïdes, "une solution en attente de problèmes à résoudre", estime Nicolas Nova. Ces projets sont aussi victimes du "Zeitgeist", l’esprit de l’époque qui suffit parfois à légitimer certains travaux, sans que l’on réfléchisse vraiment aux besoins. Internet complique un peu les choses. "D’un point de vue du modèle économique, Twitter pourrait passer pour un flop, mais en nombre d’usagers c’est un succès". Cela ne suffit pourtant pas à assurer à terme sa survie. "En même temps, le succès d’usage peut attirer les investisseurs, ce qui permettra de réorienter le produit, de le rendre viable économiquement". Autrement, le flop n’est jamais une fatalité.

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