L’intelligence artificielle cherche à modeler le retail de demain

Par 03 juin 2016
AI

L’intelligence artificielle était au coeur des échanges lors de l’événement The Next Web Conference les 26 et 27 mai derniers à Amsterdam. Tendances et secrets de l’AI de demain ont été présentés par les géants Amazon, Google ou Microsoft.

« La prochaine grande étape, c’est transformer la relation entre les produits qui existent déjà » affirme Bill Buxton de Microsoft à l'événement The Next Web Conference. Lier davantage les dispositifs d’hier et d’aujourd’hui pour les faire interagir entre eux est essentiel pour proscrire l’accumulation de gadgets actuelle. Selon l’expert « il ne faut pas confondre connexion et communication », car c’est bien la communication des données et les actions en conséquence qui sont au coeur des futures innovations. Werner Vogels, d’Amazon, explique que les données “d’avant” étaient collectées puis analysées, les données d’aujourd’hui le sont en temps réel et réagissent, tandis que les données de demain devront être capable de prédire.

 

Les tendances : prédictibilité, machine learning et compagnie

La prédiction serait en effet la fonctionnalité prioritaire pour les consommateurs “ils y accordent une grande importance car c’est un confort, ça les rassure” relate Aparna Chennapragada de Google. Werner Vogels renchérit : « Plus on a de choix, moins on est heureux. Utilisez la personnalisation : elle réduit le choix et augmente la satisfaction du consommateur qui ne se demande plus ‘est-ce que j’ai pris la bonne décision ?’ parmi les cinquante brosses à dents étalées devant lui au supermarché. ». Il ajoute que le machine learning est le meilleur outil pour détecter automatiquement des modèles dans les données consommateurs « utilisez le machine learning pour apprendre de vos données ! » scande-t-il, « les opportunités d’application du machine learning sont énormes, et la barrière à l’entrée plutôt faible. »

L’intelligence artificielle va rapprocher les personnes entre elles notamment par la reproduction digitale des sens. Rashik Parmar d’IBM a raconté comment les cinq sens seront bientôt imitables et transmissibles : la sensation du toucher de quelqu’un, sa voix, son odeur pourront s’envoyer et se répondre. Les utilisateurs se rapprocheront également de l’intelligence artificielle elle-même, avec qui ils pourront engager de vraies conversations. Actuellement, une machine est capable de créer une opinion en analysant les tenants et aboutissants d’un sujet sur la base d’internet par exemple, puis de proposer un avis et une argumentation avec des “pour” et des “contre”, sur la base de la logique.

A gauche le modérateur, puis Nell Watson, Ronald Siebes et Daniel Hume lors de The Next Web Conference Europe

En effet aujourd’hui, les robots détiennent des millions de neurones équivalents au cerveau d’une abeille qui va très rapidement évoluer et sera bientôt similaire au cerveau humain. De nouvelles tâches de plus en plus complexes lui seront confiées : Daniel Hulme de Sitalia et le chercheur Ronald Siebes parlent notamment d’actions « continues et adaptives », à l’inverse d’un Siri qui ne peut répondre qu’à une requête à la fois. Les robots passeront de l’opérationnel au stratégique dans les entreprises, parfois à la place de l’humain (on a déjà vu un robot directeur artistique). Les utilisateurs leur font déjà en effet confiance relate Ronald Siebes « On confie déjà notre vie privée à la technologie : pour nos papiers, nos communications, etc. Les machines savent déjà nous reconnaître et nous comprendre, aujourd’hui l’AI peut sortir un contexte de vos e-mails et deviner votre programme de la journée par exemple. Nos relations avec les robots vont devenir de plus en plus personnelles et il faudra se protéger. »

Les AI seront donc des compagnons de vie ! C’est une certitude partagée par Nell Watson de la Singularity University « Toute relation implique de l’attachement » avance-t-elle. « Les humains s’attachent à leurs animaux de compagnie, c’est un sentiment similaire qu’ils éprouveront pour les robots ». Et Ronald Siebes de rappeler non sans amusement la tendance des tamagotchis il y a quelques années, ces animaux virtuels dont le joueur devait s’occuper au quotidien.

 

Les produits de demain : transparence, intuition et valeur

Pour créer les produits intelligents de demain, les experts ont insisté sur la simplicité des dispositifs. Ils sont aujourd’hui trop complexes prévient Bill Buxton, de Microsoft. Les entreprises doivent revenir au besoin utilisateur et créer de l’expérience. Le bon dispositif est transparent et sans coutures « comme la porte du supermarché qui s’ouvre toute seule car le client à les bras pleins de courses » démontre simplement l’expert. Le contre-exemple ? Le GPS sur mobile, pire bonne idée du 21ème siècle, car « son utilisation n’est pas naturelle ! L’utilisateur a son nez collé à l’écran, isolé du reste du monde. On déteste tous cet individu dans la rue ».

La bonne technologie est donc intuitive « ce qui a plu avec le premier iPhone n’est ni la marque ni le design. C’était le digital, cette grâce et cette fluidité de la technologie » continue Bill Buxton. L’architecture du dispositif doit donc être pensée dès le premier jour. Pour qu’un produit trouve le succès il doit aussi, selon lui, réduire la complexité et augmenter la valeur de tout l’écosystème de produits déjà existants pour le consommateur. Il ajoute que les technologies de demain doivent plancher sur la mobilité de l’homme, et non pas sur l’objet mobile qu’est le téléphone.

Aparna Chennapragada, Directrice du Management produit chez Google lors de The Next Web Conference Europe

La “secret sauce” de Google pour réussir une innovation digitale ? “ AI + UI + I ! “ a annoncé Aparna Chennapragada. L’AI doit servir à combiner intelligence et interface pour que le produit s’adapte à chaque consommateur. L’UI (user intelligence) est alors indispensable et doit être “proportionnelle au degré de confiance de l’AI ” explique l’experte avant de poursuivre « quand vous ne savez pas, demandez à vos clients ! Ils améliorent votre produit et vous font gagner du temps. Autorisez-vous à apprendre de vos clients ». Quant à l’Intelligence, c’est de rendre le bénéfice produit clair pour le client, ce bénéfice étant un lien tangible entre les habitudes du client et le dispositif pour le personnaliser au maximum au fil de l’utilisation.

Daniel Hulme encourage une approche lean project pour construire le produit : utiliser les données pour réaliser une tâche, voir ce qu’il se passe, adapter le dispositif, demander une autre tâches, corriger, ré-adapter, etc. Ronald Siebes ajoute que l’entreprise doit être capable d’anticiper les problématiques à venir.

Enfin, la façon d’utiliser les données implique de nouveaux profils selon Rashik Parmar Il les énumère ainsi : des collecteurs, des visionnaires, des théoriciens, des ingénieurs et des justificateurs. Un panel indispensable pour se poser la vraie question du digital de demain : « quelle valeur apportent réellement mes datas ? »

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