"Internet jouera le même rôle que l'imprimerie, avec plus d'impact"

Par 19 octobre 2010
Portrait de monsieur Billaut

L'accès facilité à l'information, à la publication, et à des outils de collaboration avancés annonce des modifications d'envergure au niveau de l'organisation sociale. Entretien avec Jean-Michel Billaut.

Jean-Michel Billaut est bloggueur et animateur du BillautShow. Il présentait une conférence sur le Futur 2.0 à l'occasion des cinq ans du pôle de compétitivité TES (Transactions Electroniques Sécurisées) à Caen la semaine dernière.

L’Atelier : Vous évoquez l'imminence d'une 3ème révolution - après les révolutions agricole et industrielle - qui, à l'image des ruptures précédentes, apportera des modifications au niveau de l'organisation sociale, politique et économique. Qu'est-ce qui en est à l'origine ?

Jean-Michel Billaut : On peut citer l'émergence des nanotechnologies, des robots humanoïdes et des greentech, qui annoncent des changements au niveau des processus industriels ou de l'occupation des postes peu qualifiés. Ensuite, Internet va jouer le même rôle que l'imprimerie, mais avec un impact plus important sur un laps de temps plus court. Cela permet à tout un chacun de publier du contenu, d'accéder à des services (téléprésence, salons virtuels...) permettant de faire du business à moindre prix, voire de se lancer dans la fabrication de produits, notamment avec les imprimantes dites 3D. Les intermédiaires traditionnels qui exercent leur activité sur la base de technologies traditionnelles vont être bousculés. Tous les acteurs qui ont acquis d'importantes parts de marché devront s'adapter, qu'ils le veuillent ou non. Mais certaines entreprises ne le pourront pas. En partie parce qu'elles n'auront pas su évoluer mais aussi parce que de nouvelles structures se créent qui vont leur poser problème.

Cela signifie que, pour vous, ces mutations signent la fin de l'entreprise telle que nous la connaissons ?

Nous allons vers un changement de l'organisation sociale qui verra la disparition des entreprises au sens traditionnel. Tout du moins des grandes. L'accès au très haut-débit favorisera aussi une répartition dans les territoires beaucoup plus homogène.

Est-ce que les entreprises sont prêtes ?

Certaines oui évidemment, mais cela reste souvent un vernis. La majorité n'est pas du tout encore Internet minded. Il suffit de regarder leur site web : il n'est pas rare qu'on ne sache pas qui sont les dirigeants, qu'on ne trouve pas de fiche contact etc. Ce sont des détails mais ils sont révélateurs. Les élites et les dirigeants français ne sont encore majoritairement pas habitués. Et les prochaines élites, ce seront ceux qui vont faire des choses avec les technologies à disposition.

Et les autres ?

Oui, on n'échappera pas à une fracture. Cela devrait d'ailleurs durer environ une génération. Mais cette fracture existe déjà, de toute façon. Après il y a des moyens de la résorber avec les gens qui le souhaitent. Je prends l'exemple du village de Villiers Le Mahieu, et de nos efforts pour y apporter le très haut-débit. Pour y parvenir, il faut intéresser les gens, leur montrer en quoi cela leur sera utile (e-santé, télétravail...). Au niveau professionnel, il est possible de se former via des webschool, par exemple. La révolution 2.0, finalement, c'est un peu laisser plus de place à l'initiative.

Mentions légales © L’Atelier BNP Paribas