Internet mobile : Comment s'inspirer du Japon ?

Par 06 décembre 2006

Lors d’une conférence donnée pendant le salon Wireless Japan, en juillet 2006, Ted Matsumoto, vice président de Qualcomm, avait introduit son propos en affirmant : « Si les niveaux de consommation des services multimédias mobiles restent à ce niveau dans les années à venir, alors les milliards investis dans les réseaux 3G du monde l’auront été en pure perte ! ». Alors comment développer les usages du multimédia mobile ?

Tout comme Ted, nous n’avons pas de recette « miracle ». Toutefois l’observation des marchés les plus avancés en la matière, fait apparaître certaines carences dans les moyens d’accès aux contenus sur mobile en France et en Europe, par rapport à l’Asie.   Répondre à la faiblesse des moyens d'accès En France, pour accéder à des contenus Internet mobile, qu’ils soient « basiques » (sonneries, logos), ou « riches » (vidéo, jeux vidéo à télécharger, fichiers musicaux), les moyens d’accès sont peu pratiques et peu nombreux. En clair, il faut passer par le site portail de l’opérateur, ou bien utiliser un moteur de recherche comme Gallery, d’ailleurs peu visible sur le portail des opérateurs, ou envoyer un SMS à un numéro court. Il est vrai que depuis peu, les codes barres 2D font leur arrivée en France, mais aucun standard ne s’impose vraiment et le business model proposé ne semble satisfaire personne. Développer les usages multimédias A cette faiblesse des moyens d’accès, réponds un faiblesse des usages multimédias mobiles. Le « parc actif multimédia mobile » est de seulement 14 millions de terminaux, selon l’AFMM (Association Française du Multimédia Mobile), soit un tiers du parc total, et les usages restent faibles. Ainsi, seulement 6% des abonnés mobiles français ont déjà téléchargé une sonnerie musicale, 3% ont déjà acheté un fond d’écran, 1% ont déjà payé pour télécharger un jeu vidéo sur leur mobile. Ce qui marche au Japon... Ce qui frappe dans un pays comme le Japon, largement leader mondial en matière de multimédia mobile, c’est la multitude de moyens d’accès aux contenus sur mobile. Dans un rapport sur le m-business au Japon, le Mobile Content Forum japonais expliquait que les bons chiffres du marché (2,2 milliards d’euros pour les ventes de contenus en 2005, et 2,7 milliards pour le m-commerce : les ventes de produits et services sur mobiles) sont en partie à attribuer aux codes barres 2D et autres moyens d’accès rapide à des sites mobiles de contenus ou de commerce. Entre autres citons les e-mails magazines, les codes barres 2D, les applications java communicantes, les codes d’accès directs (« Toku number »), la reconnaissance d’image sur mobile, ou encore le service Toruka de NTT DoCoMo qui permet aux mobiles équipés de porte monnaie électronique de recevoir des informations depuis des lecteurs RFID. Les e-mails magazines Les e-mails magazines sont une particularité japonaises directement hérité de l’Internet filaire. Dès la fin des années 90, il était devenu fréquent de s’abonner à des newsletter au format texte, hebdomadaires et thématiques. Ces e-mails magazines se sont ainsi développés sur mobile et fédèrent parfois plusieurs millions d’abonnés. Avec la 3G elles peuvent être vidéos, comme les EZ Channel de KDDI, sur la musique, le cinéma, etc. L’important pour les opérateurs et fournisseurs de services mobiles est que ces newsletter sur mobile proposent systématiquement des liens vers des sites mobiles. Ainsi, la newsletter « bon plan » de KDDI, qui informe de promotion commerciale, compte plus de 5 millions d’abonnés, qui peuvent cliquer sur les différents sites mobiles cités. La reconnaissance optique Code barre 2D, photo d’un CD présentant un code 2D pour écouter des morceaux de l’album La reconnaissance optique sur mobile est également une voie d’accès très répandue. Les codes barres 2D japonais, en raison du fait qu’ils sont ouverts – tout le monde peut générer facilement un code barre sans avoir à payer pour cela – rencontrent un succès colossal. Pas une carte de restaurant, pas un flyer de concert, qui aujourd’hui n’arbore un de ces petits carrés cryptés, pour guider les visiteurs vers le site Internet mobile du restaurant ou du concert. La reconnaissance d’image sur mobile. Lancement en France prévu en 2007. Le même phénomène est en marche pour la reconnaissance d’image, même si celle ci sera certainement plus réservée à des usages de communications des marques, ou de promotion de contenus premium. Ainsi, Olympus et Bandai Networks ont déjà lancé des solutions de reconnaissance d’images avec mobile au Japon. Il suffit, à l’aide d’une application de lecture sur le mobile, de prendre en photo un logo, une photo ou une affiche de cinéma, pour accéder au site mobile, et bénéficier d’un bon de réduction ou consulter la bande annonce d’un film. Les applications java communicantes Capture d’écran de manga sur mobile. Les applications java communicantes permettent aussi d’accéder à des catalogues de mangas sur mobile. Les mangas sur mobiles représentaient 22,8 millions d’euros de revenus au Japon en 2005   Enfin, troisième exemple de moyen rapide et pratique d’accéder à du contenu sur mobile : les applications java communicantes. Derrière ce terme barbare se cache une grande simplicité. Pour les passionnés de certains contenus, il est possible de télécharger un programme qui fera office de catalogue en ligne. L’exemple type est EZ Game Street, de KDDI (le deuxième opérateur mobile japonais). EZ Game est un programme qu’il suffit de démarrer pour accéder directement à un catalogue de jeu à télécharger. Les icônes du menu sont les mascottes des principaux éditeurs de jeux vidéo. Sa manipulation facile en fait le moyen d’accès évident pour tous les amateurs de jeux sur mobile. Capture d’écran de EZ Game Street   Nous pourrions citer encore de nombreux exemples d’accès facile à l’Internet mobile. Mais l’essentiel est dit : alors qu’en France et en Europe les opérateurs privilégient l’accès à des contenus mobiles à partir de leur portail, ou de l’envoi d’un SMS – par exemple, les applications java communicantes sont bloquées par les opérateurs en France, les opérateurs d’Asie ouvrent en grand les portes du multimédias mobiles, et multiplient les moyens d’accès. Dans un contexte de multiplication des contenus pour mobile, et de modernisation du parc de terminaux, pour développer les usages du multimédia mobile, les voies d’accès doivent être aussi nombreuses que faciles. Philippe Le Fessant, InnovAsia Research pour L'Atelier

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