Comment le mobile est en train de tuer l'ordinateur de bureau

Par 24 janvier 2017
mobile

Pour la première fois dans l’histoire, il y a plus de personnes se connectant à internet à partir de mobiles que depuis un ordinateur. Si le mobile absorbe nos usages digitaux, les ordinateurs auront-ils encore leur place sur les bureaux de l’entreprise du futur ?

La plupart des services numériques sont devenus « mobile first » voire « mobile-only » c'est à dire conçu en priorité ou exclusivement pour des expériences mobiles. Cette domination de l’internet mobile était annoncée depuis des années. La société de suivi des usages digitaux, StatCounter, vient enfin de l’enregistrer dans les faits. Il aura donc fallu moins d’une décennie pour qu’il y ait plus d’accès à Internet via mobile et tablette que par notre ordinateur de bureau.

StatCounter

La plupart des nouveaux internautes ne découvrant le world wide web que sous mobile, la domination du mobile va continuer à s’accroître. Les initiatives comme celle de Facebook avec Internet.org, de connecter les 4 prochains milliards de personnes à Internet, se feront avant tout, si ce n’est exclusivement, par le mobile. Par ailleurs, même aux États-Unis, 20% des 18-34 ans n’utilisent pas d’ordinateur du tout, selon une étude comScore réalisé en décembre 2015.

Les entreprises ont-elles anticipé les transformations des usages professionnels sans ordinateurs ?

La différence d’expérience entre une connexion depuis un ordinateur et un mobile n’est pas neutre. Les usages sont différents, les programmes sont conçus et consommés différemment. Les géants de l’Internet se sont donc bien mis en ordre de marche pour s’adapter à cette révolution mobile. Cette dernière ne s’arrêtant pas aux portes des entreprises, celles-ci ont-elles réfléchi à leur transformation, non pas seulement digitale mais mobile ? La question se pose d’autant plus avec des « digital natives » qui sont en fait des « mobile natives » qui pourraient être de moins en moins habitués aux ordinateurs.

La transformation mobile du travail passe d’abord là où l’ordinateur n’était pas passé

De la même manière que les marchés émergents se connectent à Internet directement par le mobile, sans passer par l’étape de l’ordinateur de bureau, comme les économies avancées, bon nombre de professions se digitalisent par le mobile sans avoir véritablement embrassé l’ordinateur de bureau. Symbole de cette révolution mobile : les chauffeurs de taxi. Bousculés par les usages initiés par Uber, il n’y a plus un chauffeur sans son smartphone accroché au tableau de bord. À San Francisco, les chauffeurs ont même souvent, plusieurs smartphones, voire une combinaison entre smartphones et tablettes ajoutés à leur tableau de bord, pour naviguer entre l’application d’Uber, celle de Lyft, son concurrent aux États-Unis, et de Waze.

smartphone

De nombreuses professions pour lesquelles l’ordinateur était devenu la norme, embrassent aussi le mobile. Un journaliste de Wired affirmait ainsi pouvoir dorénavant couvrir un événement entier comme le CES, sans ordinateur, uniquement avec son smartphone. Les tablettes remplacent de plus en plus les caisses enregistreuses qui étaient connectées à un ordinateur. Une enquête du Lab e-santé révélait même que 94% des jeunes médecins utilisent leur smartphone et leur tablette pour des pratiques professionnelles. Tous les métiers ou presque sont donc touchés. Mais qu’en est-il de l’entreprise traditionnelle où les ordinateurs de bureaux règnent depuis des années et où les collaborateurs ne choisissent pas leurs outils de travail ?

La montée du BYOD (Bring Your Own Device)

Près de 74% des entreprises autorisent ou ont prévu d’autoriser les collaborateurs à apporter leurs propres terminaux technologiques au bureau et à travailler depuis ces derniers, d’après une enquête menée par Crowd Search Partners. 40% d’entre elles l’autorisent même déjà pour tous les employés.

Les entreprises, face à l’intensité de la demande de leurs collaborateurs, vont donc au-delà des craintes de failles de sécurité. Les employés y voient plusieurs avantages : une meilleure mobilité (63%), une plus grande satisfaction (56%) et davantage de productivité (47%). Les entreprises peuvent également faire des économies de coûts.

BYOD

Des services se sont développés pour ces usages particuliers d’outils personnels en entreprise comme par exemple, Good technologies, qui offre une application pour crypter la messagerie professionnelle sous mobile et qui a été racheté pour 425 millions de dollars par Blackberry en septembre 2015. Sans toujours remplacer complètement l’ordinateur de bureau, les outils personnels au bureau s’emparent tous d’un bon nombre d’usages qui étaient le monopole de l’ordinateur. Mais les entreprises ne peuvent pas se satisfaire de simplement accepter que les collaborateurs puissent utiliser leur propres terminaux, elles ont aussi une responsabilité d’équiper en premier lieu leurs équipes de matériel efficace. Comment peuvent-elles le faire à présent ?

Des usages multiformes qui donnent naissance à des outils hybrides

La plupart des Américains utilisent à la fois leur smartphone, leur ordinateur et leur tablette. Ils choisissent en fonction des usages et des moments de la journée. Parfois, ils utilisent plusieurs outils en même temps. Les fabricants se sont donc adaptés à ces usages multiformes, en développant des hybrides entre smartphone et tablette, les phablets, entre ordinateur portable et tablette, comme la Surface de Microsoft ou la possibilité d’ajouter un clavier à l’iPad pro d’Apple.

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Sous sa forme historique, l’ordinateur est donc bien en train de disparaître, ou au moins de se transformer. La transformation mobile de l’entreprise a ainsi de bonnes probabilités de passer par ces versions hybrides. Cependant, certaines start-up ne se proposent pas simplement de transformer l’ordinateur de bureau ou même portable, mais bien de le supprimer, notamment en le remplaçant par le mobile.

Le mobile prend, quand même, le pouvoir

Le smartphone devient plus important voire plus précieux que les ordinateurs. Les industriels ne s’y trompent pas, s’il est possible d’avoir un ordinateur portable type chromebook pour $150, Google n’offre pas son smartphone Pixel à moins de $649.

Autre signe confirmant cette tendance, une start-up que nous avons rencontrée au demoday de 500 start-up, l'un des accélérateurs majeurs de la Silicon Valley, propose même de s’épargner l’achat d’un ordinateur portable en raccordant simplement un écran et un clavier à son smartphone. En effet, Andromium a réussi sa campagne de crowdfunding via Kickstarter en vendant pour presque 3 millions de dollars, de simples combinés écran-clavier (pour moins de 100€) capables de s’appuyer sur les capacités de calcul des smartphones. L’ordinateur ne devient ainsi qu’un accessoire pour le mobile, et non plus l’inverse.

 

Interrogé, via l’application Whale, sur le futur des ordinateurs en entreprise, le fondateur d’Andromium, Andrew Jiang est conscient que les ordinateurs vont encore « survivre » 5 à 10 ans en entreprise compte tenu du poids des habitudes mais ajoute aussi « si vous regardez ceux qui sont encore à l’école aujourd’hui, ils sont mobile-first. Il est facile d’imaginer que d’ici une génération ou deux, les jeunes collaborateurs auront dépassé le concept d’ordinateur de bureau ou même d’ordinateur portable. » Andromium n’est pas la seule start-up à avoir réfléchi au futur de la productivité en entreprises par le mobile. Un nouveau projet vient de se lancer sur Kickstarter, Arovia propose un écran de 24 pouces, gonflable, et de la taille d’un livre de poche une fois replié.

 

Les Français Adok sont eux, venus en Silicon Valley, avec The Refiners pour lancer un terminal  capable de transformer la table de réunion en tablette géante et interactive par la réalité augmentée sans lunettes. Si autant de start-up veulent se débarrasser de l’ordinateur, même portable, notamment pour réinventer notre productivité par le mobile, les entreprises feraient bien de suivre la tendance avec attention.

Au-delà de leur transformation digitale, les entreprises doivent bien travailler à leur transformation mobile. C’est là que réside une bonne partie des interfaces du futur du travail. Celui-là même qui avait d’abord contribué au développement des ordinateurs personnels, Steve Jobs, l’avait déjà bien compris en lançant l’iPhone puis l’iPad. Aujourd’hui, les ordinateurs représentent moins de 13% du chiffre d’affaires d’Apple, première capitalisation boursière du monde.

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