Interview : "La délocalisation menace directement notre compétitivité (…) nationale"

Par 23 avril 2004

L’IEEE-USA est la principale organisation professionnelle qui représente les intérêts de la profession d’ingénieurs aux Etats-Unis. Comportant 235 000 membres, elle représente des millions de salariés qui craignent aujourd’hui...

L’IEEE-USA est la principale organisation professionnelle qui représente les intérêts de la profession d’ingénieurs aux Etats-Unis. Comportant 235 000 membres, elle représente des millions de salariés qui craignent aujourd’hui que la délocalisation massive d’emplois qualifiés en Inde et en Chine, notamment, ne les mettent définitivement au chômage. John Steadman, président de cette association, résume ici la position et les arguments de l’IEEE-USA sur cette question.
Les ingénieurs informaticiens aux Etats-Unis sont-ils vraiment inquiets du mouvement de délocalisation ?
L’inquiétude de nos membres s’explique par quelques chiffres : 540 000 emplois high tech ont été perdus l’année dernière et 234 000 devraient l’être encore cette année. Par ailleurs, avec 6,7 %, le taux de chômage des ingénieurs informaticiens n’a jamais été aussi élevé aux Etats-Unis. La délocalisation aggrave le problème de ces emplois perdus. D’ici 2015, ce sont 3,3 millions d’emplois qui pourraient être délocalisés, dont une majorité de postes d’ingénieurs informaticiens ou de scientifiques.
Que comptez-vous faire pour tenter de limiter le problème ?
Notre objectif n’est pas d’arrêter la délocalisation mais d’aider à ce que l’Amérique reste un leader technologique. Pour cela, le gouvernement doit adopter une stratégie imaginative qui pousse les entreprises concernées à maintenir des emplois à haut salaire et à forte valeur ajoutée ici aux Etats-Unis. Beaucoup de choses peuvent être faites pour parvenir à ce résultat, en particulier réaffirmer l’engagement du gouvernement en faveur de la recherche et du développement.
Les P-DG du secteur high tech regroupés dans l’association CSPP affirment que l’Amérique peut bénéficier de la délocalisation. Qu’en pensez-vous ?
J’en vois surtout les inconvénients : pertes d’emplois qualifiés, dépendance accrue vis-à-vis de l’étranger en matière technologique, déficit commercial aggravé, transferts d’investissements au détriment de l’Amérique, etc. Il reste à prouver que les économies réalisées par les entreprises et les consommateurs résultant de la délocalisation peuvent contrebalancer ces effets négatifs.
Pensez-vous que le législateur américain va se saisir du sujet ?
Nous savons que les parlementaires réfléchissent à des dispositions pour limiter l’ampleur de cette délocalisation. Nous savons également que l’industrie high tech dénonce à l’avance, comme « protectionniste » ou « anti-libérale » toute législation de ce type. Le problème est que les difficultés budgétaires actuelles risquent d’empêcher de financer les investissements ou les mesures fiscales qui permettraient la création de nouveaux emplois à forte valeur ajoutée. Et pourtant, ce problème menace directement notre niveau de compétitivité et notre sécurité nationale.
Par Michel Ktitareff

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