"Les investisseurs voient l'échec de manière positive, sous conditions"

Par 23 septembre 2011
Mots-clés : Smart city, Europe
Flèche succès passant au dessus du mot échec

La rencontre de difficultés lors de la création de son entreprise commence à être mieux tolérée en France. Pour ceux qui financent, un entrepreneur qui a capitalisé sur ses erreurs peut constituer un profil intéressant.

Entretien avec Marie Ekeland, partner chez Elaia Partners, à l'occasion de la version française de la conférence FailCon, le 22 septembre.

Le concept de la FailCon vient des Etats-Unis. La possibilité de se tromper est-elle vraiment mieux acceptée là-bas et comme faisant partie du processus de création d'entreprise ?

Oui, les entrepreneurs américains constatent plus vite l'échec. Ils se disent plus facilement que s'ils n'arrivent pas à trouver un nouvel investisseur, si leur produit ne prend pas, c'est qu'il y a un problème. Du coup ils arrêtent et essaient de voir comment reprendre de manière différente leur projet.

C'est donc lié à cette facilité culturelle de l'admettre, ainsi qu'à une plus grande maturité de leur industrie. Côté investisseurs, les montants injectés sont aussi adaptés au risque pris. Une différence entre les fonds européens et américains, c'est peut-être que les européens perdent trop d'argent dans des entreprises qui ne fonctionnent pas. Alors que les fonds US arrêtent plus vite de financer quand ils sentent que le produit ne prend pas.

Est-ce que l'acceptation et la valorisation de l'échec commencent à être envisagées en France ?

L'échec, du côté d'un capital risqueur, commence à être vu de manière positive, mais à certaines conditions, évidemment. Il faut que les entreprises l'admettent, qu'il y ait une certaine prise de responsabilités de l'échec. L'entrepreneur doit avoir capitalisé dessus. C'est-à-dire s'être demandé ce qu'il aurait dû faire, comprendre les raisons du non fonctionnement de son entreprise. Il faut aussi que derrière les références soient bonnes, en termes de comportement avec d'autres partenaires financiers.

Et côté entrepreneurs ?

Aussi, notamment pour une raison non négligeable : l'âge moyen des créateurs d'entreprises a baissé. Pendant longtemps, on a cultivé le mythe de la réussite comme étant celui d'avoir une place de choix dans un grand groupe. Ce qui n'encourage pas forcément au risque. Aujourd'hui, l'âge moyen des entrepreneurs à qui nous nous intéressons, comme Ykone et AllMyApps, est de 25 ans.

Du coup, si la possibilité de se tromper est mieux acceptée, elle devrait jouer sur la capacité à prendre des risques ?

C'est vrai. D'autant qu'en France, le paysage de l'innovation et de l'investissement est moins balisé qu'avant, il faut s'adapter. Notamment, côté investisseurs, pour une raison d'argent qui nous oblige à être sélectifs. Ce qui est parfois difficile, car les projets sont de plus en plus de qualité.

Que faut-il, en plus d'un changement culturel ?

Il faut des modèles. C'est-à-dire l'exemple de plusieurs entreprises qui ont d'abord connu des désillusions avant de rebondir. Il y en a : Scoop.it est ainsi un pivot de Goojet, qui avait du succès mais un retour sur investissement pas assez important pour les parties prenantes. Il y a aussi celui de Criteo, dans lequel nous investissons. Nous nous sommes d'abord pris le mur avant de réussir. C'est parce que nous avons su faire le constat assez vite, compris pourquoi cela ne marchait pas, et cherché à voir comment contourner le problème. Il y a de vrais exemples d'échecs qui ont donné des succès. Et je crois qu'à terme cela sera excellent pour le dynamisme de l'innovation française.

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