En Irlande du Nord, Twitter aiderait-il à désamorcer les conflits ?

Par 08 avril 2015
Mots-clés : Digital Working, Twitter, Europe
Les protestations en Irlande

En étudiant les rassemblements unionistes en Irlande du Nord, deux chercheurs auraient constaté que le réseau social sert au désamorçage des conflits, rumeurs et fausses informations.

Twitter aurait-il réussi à apaiser les tensions qui agitent depuis des siècles l’Irlande du Nord ? Deux chercheurs Paul Reilly et Orna Young ont profité de l’« Orange day » (une célébration unioniste de la victoire de Guillaume III d’Orange en 1693) pour enquêter sur l’influence du réseau social dans les manifestations. Lors de celle-ci, le 12 juillet 2014, la photo d’une petite fille a fait le tour des réseaux sociaux. L’enfant en question avait les initiales KAT peintes sur le front, pour « Kill all Taigs » (terme péjoratif désignant les catholiques irlandais). Conséquence du partage massif de cette photo : ce qui devait être une manifestation pacifique au cours de laquelle la petite fille a été photographiée aurait pu être considérée comme un rassemblement d’extrémistes.

Or dans la même période, un message en forme de blague du comédien Tim McGarry a été retweeté plus de 146 fois, masquant l’image de la petite fille.

Le post d’un journaliste de la BBC, Kevin Sharkey, ironisant sur le calme des rassemblements, a également été retweeté plusieurs fois. Le réseau social aurait ainsi apaisé les tensions entre catholiques et protestants en occultant la photo polémique.

 

Les rumeurs démenties automatiquement

Cité dans l’étude des chercheurs britanniques, cet exemple montre à quel point Twitter s’autorégule par la seule force de ses utilisateurs. Au finale, les journalistes comme l’opinion ont retenu un 12 juillet historiquement « pacifique » et calme. « Les résultats de ces recherches montrent comment les réseaux sociaux comme Twitter peuvent être utilisés pour désamorcer les tensions entre communautés durant la période des marches en Irlande du Nord » insiste le Dr Reilly.

Souvent considéré comme un amplificateur de rumeurs, Twitter serait en réalité tout l’opposé si l’on en croit l’étude. Les chercheurs de Leicester et Belfast ont analysé la durée de vie des fausses informations circulant sur le réseau social et leur constat est clair : les mensonges sont vite débusqués par les utilisateurs de Twitter. La photo d’un républicain brandissant une pancarte haineuse contre les manifestants de l’Orange day a par exemple été immédiatement démasquée comme un montage par les tweetos. Au lieu d’un slogan appelant à la haine, l’homme en question portait un panneau avec la mention « Love thy neighbour » (« Aime ton prochain »). De même, les autres fausses informations qui ont pu faire leur apparition ont ainsi connu le même sort : démenties au bout de quelques minutes puis vite disparues au point de n’être pas relayées par les médias.

Mais des résultats questionnables

Malgré tout, les chercheurs eux-mêmes semblent remettre en question leurs résultats. Ils soulignent plusieurs problèmes qui ont pu fausser les échantillons sélectionnés. D’abord, de nombreux utilisateurs tendent à supprimer très rapidement les tweets les plus violents. Les chercheurs n’ont donc pas pu étudier ces messages qui ne pouvaient qu’exacerber les tensions. Ensuite, une étude récente du Pew Reasearch Center de Washington mentionnait le phénomène de la « spirale du silence » qui fait en sorte que les tweetos ne parlent que si leur avis est susceptible d’obtenir une certaine popularité. Le réseau social ne serait donc pas tout à fait représentatif des opinions. Autant de problèmes liés à la nature même des réseaux sociaux qu’une étude de l’université McGill de Montréal avait déjà soulignés il y a plusieurs mois.

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