Jon Postel, un pionnier de l'Internet, vient de démontrer qu'il était

Par 04 février 1998

possible de détourner le trafic des demandes d'adresses, géré habituellement par un ordinateur du gouvernement. En charge de l'Internet Assigned Numbers Authority (IANA), Jon Postel est considéré ...

possible de détourner le trafic des demandes d'adresses, géré
habituellement par un ordinateur du gouvernement.
En charge de l'Internet Assigned Numbers Authority (IANA), Jon Postel est
considéré comme le père du système d'adressage des sites sur Internet. Il
veille notamment sur l'harmonisation d'un grand nombre de paramètres comme
les protocoles, les noms de domaines, les adresses Internet ... Ainsi,
lorsqu'un internaute, n'importe où dans le monde, demande une adresse, le
logiciel de navigation envoie une requête pour obtenir l'adresse numérique
correspondante. L'un des 12 ordinateurs répartis dans le monde, gérés par
l'IANA, fournit alors cette adresse.
Jon Postel a utilisé, mercredi 28 et vendredi 30 janvier, quelques uns de
ces 12 ordinateurs pour court-circuiter la machine contrôlée par le
gouvernement située à Herndon (Virginie) servant d'ordinateur central pour
ce trafic. Si l'internaute moyen ne s'est aperçu d'aucun changement, la
distribution d'adresses sur Internet a totalement échappé pendant deux
jours au gouvernement américain. Tout en soulignant le caractère archaïque
des structures actuelles du réseau mondial mettant entre les mains d'un
seul homme une responsabilité énorme, le "détournement" de Jon Postel a
mis en lumière une situation qui passe pour anarchique aux yeux des
entreprises au moment où elles se lancent dans le commerce électronique.
Préparant des réformes en mesure de les rassurer, l'administration Clinton
a rendu publique, le vendredi 30 janvier, ses recommandations dans ce
domaine. Son rapport, rédigé sous la direction d'Ira Magaziner, prône une
sorte de "privatisation" de la gestion des adresses et des noms de
domaines. A travers la Darpa, l'IANA travaille sous contrat du ministère
américain de la Défense. Parallèlement, la National Science Foundation
(NSF) a confié l'exclusivité de l'attribution de trois noms de domaines
principaux (.com, .net et .org) à la société privée Network Solutions.
Parmi les propositions d'Ira Magaziner, il est notamment prévu, pour
reprendre en main la gestion des numéros assurée par l'IANA, la création
d'une entreprise privée à but non lucratif, basée aux Etats-Unis. Quinze
membres représentant équitablement les intérêts des différents acteurs
d'Internet composeraient son conseil d'administration. Sept utilisateurs
d'Internet siègeraient à ce conseil. Pendant les deux premières années, la
mise en place de cette nouvelle structure serait placée sous la
surveillance du gouvernement. Les bases de données de l'IANA et de son
personnel seraient transférées, dès le 30 septembre prochain, au sein de
cette nouvelle entité.
Pour sa part, Jon Postel préconise, pour assurer la création des nouveaux
noms de domaines la création d'un groupe international de dirigeants,
issus de la communauté des techniciens d'Internet, ainsi qu'une rupture
rapide de l'implication du gouvernement dans la gestion d'Internet.
Le plan de l'administration Clinton se heurte au projet
d'internationalisation conçu par l'OIT (organisation internationale des
télécommunications) dont le siège est à Genève, qui tente de faire sortir,
depuis plus d'un an, le centre de gravité de l'administration d'Internet
hors des frontières des Etats-Unis. Selon le projet de l'OIT, sept
nouveaux noms de domaines principaux seraient créés, la gestion de
l'ensemble des adresses serait confiée à 28 entités réparties dans le
monde entier.
(Le Monde - 04/02/1998)

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