L’anguille a enfin son avatar robotisé

Par 04 septembre 2009
Mots-clés : Smart city, Europe

Développer le ''sens électrique'' constitue un des défis majeurs de la robotique. Les applications possibles d'un système autonome ainsi équipé sont nombreuses, mais son développement demandera encore du temps.

Un robot capable de nager en trois dimensions et de s’orienter dans des eaux troubles ou polluées ? C’est ce à quoi travaillent des chercheurs de l’IRCCyN* et de l’Ecole des Mines de Nantes, en collaboration avec d’autres laboratoires de la région nantaise. Le projet est ambitieux et vise à développer un robot capable d’utiliser le sens électrique. "Certains poissons, dont l’anguille fait partie, évoluent dans des eaux trop boueuses pour pouvoir utiliser leur vision, explique à l’Atelier Frédéric Boyer, responsable du projet. Ils ont donc développé un organe électrique qui se polarise autour du corps". Le poisson émet alors un champ électrique qui se déforme au contact des objets. Ces déformations sont ensuite recueillies par des électrocapteurs situés sur sa peau et qui lui permettent de s’orienter.
Le capteur déjà opérationnel
L’équipe de chercheurs est déjà parvenue à créer un capteur fonctionnel. « Il y a un an et demi, nous considérions le développement du capteur comme un défi majeur. Aujourd’hui, le prototype est capable de sentir ». Le défi à présent consiste à interpréter et à exploiter les mesures obtenues. "Techniquement, c’est possible, affirme Frédéric Boyer. Mais dans ce domaine, la technologie a pris de l’avance sur les mathématiques". La nage en 3 dimensions représente en effet un objectif très ambitieux. La création d’un "cerveau" capable d’analyser ces données prendra donc du temps. "Le travail qu’il reste à faire correspond à tout ce qui a déjà été fait pour les caméras visuelles". Ce capteur n’est pas la seule prouesse technique réalisée par les chercheurs. Comme son modèle animal, le robot est en effet déformable sans perdre en étanchéité.
Diverses applications possibles
Les applications possibles sont nombreuses. Un tel engin pourrait se rendre utile partout où il n’est pas possible d’opérer en utilisant la vision oculaire. Dans les eaux polluées par exemple. Les sonars fournissent déjà une solution à ce problème, mais lorsque les eaux sont vraiment sales et que la présence de particules est trop importante, cela crée beaucoup d’interférences et rend le système peu utilisable. Et le problème s’accroît en milieu confiné. Le sens électrique fournirait une solution à ces problèmes. "L’efficacité des réseaux d’eau en Europe est estimée à moins de 30%, explique Frédéric Boyer. C’est un problème qu’il faudra bien gérer un jour". En y envoyant des robots anguille, par exemple. On peut également imaginer des applications médicales, comme faire glisser un capteur le long du corps pour sentir la présence de tumeurs.
*Institut de Recherche en Communications et Cybernétique de Nantes

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