Et si l’offshoring était une vertu pour l’économie américaine ?

Par 23 avril 2004

Délocaliser des emplois high tech en Asie contribuerait à enrichir les Etats-Unis. C’est ce que tentent de faire admettre à l’administration Bush et au Congrès américain huit des plus puissants PDG de l’industrie américaine...

Délocaliser des emplois high tech en Asie contribuerait à enrichir les Etats-Unis. C’est ce que tentent de faire admettre à l’administration Bush et au Congrès américain huit des plus puissants PDG de l’industrie américaine. Réunis au sens d’un club très fermé de lobbying baptisé le Computer Systems Policy Project, Craig Barret (Intel), Samuel Palmisano (IBM), Carly Fiorina (Hewlett-Packard), Michael Dell (Dell) Ed Zander (Motorola) et leurs homologues de NCR, Unisys et EMC viennent de tirer une première salve.

Sous la forme d’un document d’une vingtaine de pages, « Choose To Compete », ils détaillent leurs arguments principaux en faveur d’une politique ultra-libérale en matière d’emploi. « L’emploi ne peut s’améliorer que si l’Amérique devient plus compétitive et elle ne le sera que si elle choisit la concurrence globale », écrit ainsi Craig Barrett, chairman du CSSP (cf. interview)

Les dirigeants de ces grands groupes high tech internationaux – et derrière eux la quasi-totalité de cette puissante industrie – tiennent le raisonnement suivant : le gouvernement américain ne doit pas les empêcher d’embaucher dans les pays où la main d’œuvre qualifiée est le meilleur marché sous peine de réduire le niveau concurrentiel de ses entreprises.

Qui dans ce cas perdraient des parts de marché, réduisant ainsi leurs bénéfices pour le plus grand malheur de leurs actionnaires et salariés. Au contraire, « la plupart des richesses créées à l’étranger reviennent en Amérique sous la forme d’emplois et d’augmentations de salaires, d’investissements dans la recherche et le développement, de bénéfices pour les actionnaires et d’impôts au bénéfice de l’économie américaine », assure le rapport du CSSP.

Le problème a pris tellement de place dans le débat public américain que l’opposition à l’attitude libérale des dirigeants de la high tech américaine, et au-delà de la plupart des grands secteurs de l’économie américaine concernés, s’organise. Ainsi, John Steadman, le président de l’IEEE-USA, la principale association professionnelle qui regroupe les ingénieurs informaticiens aux Etats-Unis, a déjà témoigné devant le Congrès pour souligner la duplicité, selon lui, des arguments du CSSP.

De leur côté, les PDG du Computer Systems Policy Project vont prochainement passer à l’offensive. A partir du mois prochain, ils lanceront à Washington une campagne pour convaincre les parlementaires de voter un arsenal législatif qui rendra, selon eux, le secteur high tech américain plus attractif encore.

Ils demandent par exemple la création d’un crédit d’impôts permanent pour les dépenses de recherche et développement, une augmentation sensible des dépenses publiques en faveur de la recherche et des projets scientifiques fédéraux et la non-taxation définitive des transactions commerciales sur Internet. Sans oublier la refonte du système éducatif américain (« l’un des plus mauvais des pays industrialisés », selon Craig Barrett), qui favoriserait l’apprentissage des mathématiques et des sciences de l’ingénieur.

Autant de dispositions qui ont peu de chances d’être adoptées à court terme, alors que les finances publiques du pays sont très déficitaires et que certains de ces investissements ne produiraient leurs effets qu’à très long terme. Bien après l’élection présidentielle de la fin de l’année.

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