"L'acquisition des technologies de pointe passera par des alliances"

Par 25 juin 2010

Les entreprises des pays émergents ont fait la preuve de leur capacité à développer des technologies nouvelles. Mais pour aller plus loin, il leur faudra mettre en place des partenariats avec celles des pays développés.

Rigas Arvanitis est sociologue et directeur de recherche à l'Institut de Recherche pour le développement.
L'Atelier : L'OCDE prévoit un rééquilibrage économique entre pays développés et émergents à l'horizon 2030. Cela passera-t-il aussi par un rééquilibrage technologique ?
Rigas Arvanitis : L'écart technologique entre pays riches et pays "émergents" est très important, quelque soit l'indicateur utilisé. Et ce malgré la très forte croissance des ressources consacrées par ces derniers à la R&D. Le "rééquilibrage technologique" prendra donc avant tout la forme de mise à niveau des entreprises. Elles sont nombreuses en Chine, en Inde, mais aussi au Mexique ou en Turquie à montrer qu'elles pouvaient rapidement acquérir et développer des technologies nouvelles, grâce notamment à une main d'oeuvre hautement qualifié à des coûts très inférieurs à ceux des pays occidentaux. Mais en matière de R&D, le coût n'est pas la seule variable. Ces entreprises devront être en mesure de passer par des alliances et des partenariats pour acquérir les technologies les plus sophistiquées.
Quelle est la clé de leur succès ?
Pour que ces alliances fonctionnent, elles supposent des aménagements en termes d'organisation des activités de recherche. On peut citer plusieurs mesures : constitution d'équipes de R&D autonomes, suivi de l'information technologique, lien fort entre la direction corporative et financière et les directions technologiques et productives des entreprises, soutien à la formation de haut niveau du personnel... Il est également nécessaire d'acquérir une expérience en matière de gestion des droits de propriété intellectuelle et de partage des données et des équipements.
Quel est le rôle du public et du privé dans tout ça ?
Les institutions nationales jouent un rôle essentiel tout comme les banques d'investissement. Mais ces dernières ont été durement frappé par les crises "d'ajustement structurel" ou financières. Par ailleurs, le rattrapage nécessite le maintien et développement d'une "infrastructure de la connaissance" (réseaux informatiques, apprentissage de leur utilisation…) comme d'ailleurs d'une infrastructure matérielle tout court.
Au-delà des "poids lourds" (Inde, Chine, Brésil...), où en sont les "petits" pays émergents ?
Pour les petits pays la situation est d'autant plus difficile qu'il ne leur reste essentiellement que deux stratégies : s'insérer dans des niches ou devenir fournisseur d'entreprises établies sur les marchés concurrentiels étrangers. Dans les cas cela suppose un investissement considérable en temps, en hommes et en infrastructures.
Les pays développés doivent-ils s'inquiéter de cette tendance ?
Il faut s'en réjouir ! Certes, les entreprises occidentales voient leur position de rentières sur des marchés sophistiqués compliquée, mais cela augmente la base technologique des pays émergents, petits et grands, et crée des opportunités d'emploi pour tous.

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