L'automobile communicante : compagnon de la mobilité ou nécessité pour la sécurité routière ?

Par 02 décembre 2005

Le 12ème congrès annuel sur les systèmes de transports intelligents (salon ITS), qui s'est tenu à San Francisco du 6 au 10 novembre, annonce l'arrivée prochaine sur le marché de voitures vraiment...

Le 12éme congrès annuel sur les systèmes de transports intelligents (salon ITS), qui s'est tenu à San Francisco du 6 au 10 novembre, annonce l'arrivée prochaine sur le marché de voitures vraiment communicantes. Avec quelques belles démonstrations de la part des constructeurs...mais aussi quelques fortes réticences, notamment sur le marché américain.
Jusqu'à présent, nos voitures dites « communicantes » se contentaient d'embarquer des nouvelles technologies, permettant à leurs occupants de communiquer avec le reste du monde ou de recevoir des informations. Mais pas véritablement de « communiquer » de façon intelligente et coordonnée, en échangeant de l'information, notamment avec l'environnement de la voiture (route, autres véhicules, trafic...).
Une voiture communicante... qui ne communique pas....
Cocorico, la première voiture dite "communicante" a été française ! Citroën, fidèle à sa tradition d'innovation, a lancé la Xsara Windows CE en avril 2000. Elle embarque un PC - qui se fait discret derrière le tableau de bord pour ne pas trop effrayer - fruit de trois années de développements en collaboration avec Microsoft. Equipée du téléphone, de la navigation, de la reconnaissance vocale, elle permet de recevoir et d'envoyer des SMS, mais aussi des e-mails. Compte tenu du faible débit de la communication, mieux vaut être patient, et éviter toutes les pièces jointes.
Depuis, le téléphone c'est largement installé dans nos voitures, souvent d'ailleurs au détriment de la sécurité routière. La technologie Bluetooth permet de s'affranchir des câblages disgracieux. Le GPS a gagné nos tableaux de bords, et l'information trafic en temps réel arrive lentement. Le satellite se met lui aussi très largement au service de nos voitures. Au-delà du GPS, c'est maintenant la radio par satellite qui remplace la bande FM : plus de perte de station en cours de déplacement, et un choix beaucoup plus grand de programmes, souvent sans publicité, mais avec un accès payant. Pour autant, notre voiture ne communique toujours pas...
Le premier système permettant un échange entre la voiture et « le reste du monde » est américain . OnStar, développé par le groupe Général Motors, équipe plus de 3 millions de véhicules. Il se déclenche automatiquement en cas de déclenchement des airbags, permettant d'accélérer l'arrivée des secours s'il s'agit d'un accident. Mais il permet aussi à l'automobiliste d'entrer en contact avec le service d'Onstar, en cas de panne (plus de 20 000 appels par mois), pour faire ouvrir ses portières en cas d'oubli des clés (prés de 15 000 appels par mois), ou pour localiser une voiture volée (400 véhicules retrouvés chaque mois).
OnStar vous propose même de vous envoyer chaque mois par email un diagnostic complet de l'état de votre véhicule, grâce aux informations transmises au système... L' Europe , avec un système baptisé eCall, devrait permettre le même type de service, dédié à la sécurité, aux environs de 2007.
Mais le salon ITS nous promet d'aller beaucoup plus loin...
2 - L'avenir : la communication de « voiture à voiture » et de « route à voiture »
La voiture de demain ne ressemblera sans doute pas à ce prototype exposé par Toyota, mais elle comportera probablement beaucoup des innovations qu'il embarque.

C'est d'ailleurs avec des véhicules plus classiques que les constructeurs ont choisi de montrer leurs innovations, qui adressent essentiellement les problématiques de la sécurité.
Les innovations les plus impressionnantes présentées à ce salon concernent la communication entre voitures , baptisée « vehicule to vehicule » ou V2V. BMW a présenté une voiture capable d'avertir les voitures qui la suivent d'éventuelles altérations de la chaussée ou de conditions d'adhérences dégradées. General Motors a présenté son système « sixième sens », qui interconnecte les voitures entre elles, et communique ainsi des informations aux différents conducteurs. Vous êtes avertis par une lumière dans le rétroviseur extérieur (droite ou gauche, car on double de tous, les côtés sur les Freeways américaines...) qu'une voiture va vous doubler.
Lorsqu'un véhicule est à l'arrêt devant vous, votre voiture s'arrête automatiquement en évitant le choc. Seul problème de ces systèmes aujourd'hui : s'ils détectent bien les autres voitures connectées, ils sont encore incapables de reconnaître les autres obstacles... comme les humains ...Cependant, on imagine facilement les impacts de ces systèmes de communication de voiture à voiture : en matière de sécurité routière, mais aussi pour une meilleure régulation du trafic routier. Avec encore d'importantes questions concernant l'interopérabilité des systèmes entre les différents constructeurs. Les travaux de normalisation ont de beaux jours devant eux.
Autres innovations à venir, la communication entre la route et la voiture . Des démonstrations de bus sans conducteurs, guidés par des pistes magnétiques intégrées aux routes, ont beaucoup séduit. On peut évidemment aller beaucoup plus loin en la matière et imaginer la voiture sans conducteurs de demain. Mais les investissements tant en matière d'infrastructure qu'en matière de renouvellement complet du parc automobile semblent éloigner à moyen terme cette solution séduisante mais bien radicale...
3- Les américains innovants mais frileux, les japonais et les allemands leader, et les français disparus....
Dans ces domaines, et malgré leur belle démonstration au cours du salon, les constructeurs américains demeurent frileux et n'avancent pas de dates pour la commercialisation de leurs produits. Dans un pays fortement judiciarisé, les constructeurs semblent plus soucieux de se prémunir contre les éventuels procès qui pourraient intervenir suite à des accidents imputables a un mauvais fonctionnement de leurs systèmes... Laissant une place de choix aux constructeurs japonais, très avancés dans le domaine, et aux constructeurs européens, notamment allemands. Mais où sont donc les constructeurs français ? Quelles leçons ont donc bien pu tirer nos constructeurs de leurs expérimentations audacieuses avec Microsoft ? Etre le premier n'est décidément pas le gage de le rester... Le concept du « first mover advantage » a encore une fois montré sa limite.
Dominique Piotet A San Francisco pour l'Atelier
A noter  : Le site de l'observatoire du véhicule d'entreprise offre régulièrement un bon panorama de l'actualité de ce secteur et un autre compte rendu de ce salon.
(Atelier groupe BNP Paribas - 02/12/05)

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