"L'engagement du salarié est nécessaire au bon fonctionnement de l'entreprise"

Par 22 septembre 2011
Mots-clés : Smart city, Europe
Alexandra Bidet

Trouver les moyens de motiver ses salariés n'est pas un luxe pour des sociétés qui souhaiteraient valoriser ces derniers, mais un élément crucial de la réussite des entreprises.

 

Entretien avec Alexandra Bidet, chercheuse en sociologie au CNRS et auteur de "L'engagement au travail. Qu'est-ce que le vrai boulot ?".

L'Atelier : L'engagement des salariés est-il essentiel pour l'entreprise?

Alexandra Bidet :La sociologie du travail montre que les employeurs connaissent rarement les tâches de leurs employés dans le détail. Donner des consignes n'est pas la même chose que faire le travail. Le plus souvent, les organisations atteignent même leurs objectifs grâce aux libertés que les salariés prennent avec les consignes. L'engagement de ces derniers n'est donc pas tant une façon pour l'entreprise de "pousser" ses employés, qu'une nécessité même de son fonctionnement. Les actions qui touchent à la motivation des salariés ne doivent donc pas perdre de vue qu'il s'agit d'une ressource cruciale pour l'entreprise, aussi précieuse que fragile. 

 

Comment parvenir du coup à motiver une personne de telle sorte qu'elle ait envie de dépasser peut-être les tâches qui lui sont assignées ?

Pour moi, l'important pour l'entreprise est surtout de comprendre ce que les employés valorisent dans leur travail : il ne s'agit pas de distinguer entre tâches rémunérées et tâches bénévoles, mais plutôt de comprendre quelle est la logique de leurs activités pour les salariés. Car c'est là que résident les ressources d'engagement, et en particulier les problèmes et les tâches auxquels les salariés sont prêts à consentir autant d'effort que nécessaire, parfois même indépendamment du temps et de la rémunération. Cela explique d'ailleurs que certains professionnels investissent leurs compétences professionnelles hors du cadre salarial, comme l'illustrent les communautés de pratique.

 

Que penser des solutions comme la gamification proposées pour favoriser l'engagement des salariés ?

Les jeux vidéo représentent des modèles d'échelles de récompenses, parfois bien plus lisibles, en particulier pour certains jeunes salariés, que les plus anciens dispositifs que sont les cérémonies, prix, médailles du travail, etc. Mais le discours sur la "gamification" peut induire en erreur, en laissant penser que transformer le travail en jeu résoudrait la question. Ce ne sont pas les points gagnés qui font que l'on s'amuse dans les jeux, mais bien l'activité qui est menée. Et si l'attachement à son travail gagne à être encouragé, il ne se confond pas avec les seules gratifications. Il existe ainsi un écart entre la satisfaction que l'on trouve au travail et le plaisir que l'on trouve dans le jeu, et cette différence risque d'échapper à la "gamification" et de donner lieu à des dispositifs qui perdent de vue le sens du travail. Autre problème : le jeu est un modèle où chaque petit accomplissement est récompensé. Le risque est alors celui du micro-management, où les managers prescrivent en détail les tâches à effectuer, comme s'ils pouvaient les connaître. Est-ce que l'on récompense les bons accomplissements ? Est-ce que certaines tâches ne sont pas à tort laissées de côté ? La gamification ne donne donc pas de recette toute faite !

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