L'éthique doit précéder la technologie

Par 11 février 2009
Mots-clés : Smart city

L'université de Delft publie un ouvrage dédié aux relations entre l'innovation et la morale. Le livre rappelle l'importance de tenir compte du facteur éthique lors de l'étude des risques et interroge sur les moyens de légiférer sur de tels concepts.

Lors du développement d'une innovation, l'étude des risques doit considérer les problèmes moraux pouvant se poser. "Il faut inclure une réflexion éthique dès le processus de conception", explique ainsi à L'Atelier Sabine Roeser, coresponsable de l'ouvrage collectif The Ethics of Technological Risk*. "Certains chercheurs appellent cela la création de valeur sensible". Reste un problème, difficile à résoudre : à quel moment les risques posés par une technologie ne sont-ils plus moralement acceptables ? Comment mettre au point une classification objective de problèmes moraux par principe subjectifs ? Le système standard de gestion du risque juge de l'acceptabilité d'une technologie en réalisant des probabilités qui prennent en compte risques, avantages et coûts. Une approche qui semble efficace en ce qui concerne les éléments matériels mais moins au niveau moral.
S'interroger sur le libre-arbitre et les concepts de justice et de droit
Sans chercher à mettre au point une théorie standard des risques, les chercheurs proposent plusieurs pistes. Comme la nécessité de s'interroger sur le respect ou non par une innovation du libre arbitre d'un individu ou d'une communauté, sur celui de ses droits et de la justice. "Ces trois considérations éthiques jouent un rôle dans la mise en place d'une solution technologique", ajoute la chercheuse, qui illustre ces trois concepts : le respect de l'autonomie implique qu'une personne ait son mot à dire sur les risques éventuels qu'elle pourrait courir. En ce qui concerne la justice, les risques et avantages d'une technologie doivent être distribués avec équité au sein de la société. "Enfin, nous ne devrions pas pouvoir enfreindre le droit individuel en imposant une technologie à une personne autonome, même sous couvert de le faire pour son bien". Autre question soulevée : celle de savoir quel rôle doivent jouer les différentes parties - pouvoirs publics, ingénieurs... - dans l'acceptabilité des risques.
Une interrogation à tous les niveaux de production et d'utilisation
"Toute personne impliquée dans le développement ou l'utilisation d'une technologie a des responsabilités morales", juge Sabine Roeser. L'utilisateur doit ainsi être attentif à s'en servir de manière à ce qu'elle ne soit dangereuse ni pour lui ni pour les autres. "Les gouvernements ont la charge de mettre en place des solutions de régulation adéquates", ajoute-t-elle. "Quand aux ingénieurs et chercheurs, ils sont en première ligne en ce qui concerne le développement". Selon la chercheuse, c'est le fait que les initiateurs d'une technologie ne considèrent que rarement l'éthique quand ils réalisent une étude des risques qui a notamment motivé l'écriture de l'ouvrage. "Le risque technologique n'est pas seulement un problème quantitatif mais implique aussi d'importantes considérations éthiques qui ne trouvent pas de réponse dans les approches conventionnelles et technocratiques courantes".
(*) Le livre sera présenté vendredi à l'université de Delft.

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