"L'évaluation via les réseaux peut être perçue comme discriminante"

Par 30 juin 2011
Mots-clés : Future of Retail, Europe
Gérard Reyre

Si les outils collaboratifs peuvent stimuler l'innovation, juger les salariés sur leur utilisation doit être fait avec précaution et pose des problèmes d'éthique.

Entretien avec Gérard Reyre, sociologue et directeur associé de Conseil et Recherche, une entreprise qui regroupe consultants et chercheurs pour accompagner les projets d’organisation des compagnies.

L’Atelier : Comment des outils d’évaluation présents sur les réseaux sociaux peuvent-ils s’intégrer en interne ?

Gérard Reyre : Je pense que si l’on veut faire une évaluation de l’utilisation des réseaux sociaux internes, il faut se tourner vers l’adoption de ces outils par l’entreprise elle-même. La création de ces réseaux peut révéler qu’une organisation est insuffisante, et ces outils collaboratifs ont la fonction de parfaire son efficience. Dans cette logique, il s’agit donc de combler un manque qui encore une fois, est propre à l’organisation interne et au fonctionnement de l’entreprise. Le premier niveau d’évaluation serait donc d’apprécier la manière dont le management ouvre les espaces de communication.

Pensez-vous qu’à travers ces réseaux, il serait possible d’identifier la contribution et la compétence des salariés ?

Il y a deux schémas possibles. Si on se rapproche de l’individu, ces outils d’évaluation internes sont à considérer comme un nouveau dispositif de contrôle de l’activité, une manière postmoderne de connaître les usages technologiques de communication du salarié avec autrui. Or, rajouter ces dispositifs dans le contrôle des individus est très dangereux à l’heure où l'on parle beaucoup de bien-être au travail. Les salariés seraient ainsi submergés par ces impositions, et selon l’imprégnation du numérique de chacun, ces méthodes pourraient être perçues comme discriminantes. C’est donc une question d’éthique. D’une autre manière, les réseaux sociaux peuvent avoir des usages positifs lorsqu’ils consistent à créer du lien social.

Ces outils ne seraient donc utiles que dans le cas d’une amélioration des systèmes organisationnels ?

Effectivement, ces réseaux internes peuvent être des moyens de production de connaissance, et une manière de stimuler l’innovation : une piste intéressante pour mieux se connaître, soulever et créer de nouvelles problématiques. C’est une source d’amélioration de l’organisation qu’il faut considérer collectivement. Il faut tout de même souligner que nous sommes dans une période où les problématiques de santé au travail suscitent de plus en plus de préoccupations. L’essentiel aujourd’hui, c’est de restaurer des modes de communication, de proximité. Il faut donc former du dialogue basique et dans ce cadre, les réseaux sociaux passent au second plan.

L'évaluation par ces biais n'est donc pas souhaitable...

Absolument. Il faut se poser la question de savoir en quoi ces outils collaboratifs peuvent participer à la performance de l’entreprise. Et je pense que la solution réside dans la stimulation à l’innovation, la création de liens, mais en aucun cas dans un rapprochement de l’individu, autrement dit une volonté d’identifier sa contribution pour l’évaluer. On s’est déjà trop maladroitement rapproché des salariés pour en savoir toujours plus. Il est temps aujourd’hui de laisser les individus se réinstaller dans une communauté de base où il est possible de communiquer dans le seul objectif d’améliorer les compétences organisationnelles d’une entreprise. 

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