[LeWeb] Pour Level 39, un accélérateur est également un Living Lab

Par 06 juin 2013
Eric Van der Kleij

L'accélérateur londonien, situé à Canary Wharf, souhaite attirer des startup développant des services pour les secteurs au cœur du quartier : la finance, le retail, la smart city. Le plus : la possibilité de tester au maximum les applications dans l'écosystème.

Entretien pendant Le Web, qui se tient les 5 et 6 juin à Londres, avec Eric Van der Kleij, responsable de l'accélérateur Level 39, qui a ouvert ses portes en mars 2013 à Canary Wharf, et dont le but est d'héberger des startup spécialisées dans la finance, le retail, et la smart city et de favoriser le co-investissement entre investisseurs britanniques et internationaux. L'accélérateur souhaite également faire figure de "vitrine" et permettre aux professionnels des différents secteurs impactés de découvrir les innovations qui impacteront leurs métiers, et de faciliter la collaboration.

L'Atelier : Level 39 vise à accueillir des startup issues des secteurs de la finance, du retail et des services liés à la smart city. Pourquoi ce choix ?

Eric Van der Kleij : Parce que Level 39, établi par le Canary Wharf Group, société foncière, est situé au 39ème étage du gratte-ciel One Canada Square à Canary Wharf, centre d'affaires majeur où sont présentes de nombreuses industries bancaires, plusieurs grands centres commerciaux, et Wood Wharf, un terrain de 20 acres situé à l'est du quartier, et qui permettra d'inventer la ville de demain.

Pour Canary Wharf Group, il s'agissait de développer une stratégie liée aux technologies. Il voulait attirer des entreprises non issues seulement du secteur de la finance, comme cela a longtemps été le cas. Pour le moment, 182 candidatures d'entreprises technologiques ont été enregistrées en 8 semaines de lancement.

Chacun de ces écosystèmes est-il réceptif à l'innovation issue de startup ?

De plus en plus. En ce qui concerne la finance, il faut savoir qu'environ 10 % du PIB est issu de services financiers au Royaume Uni. Cela signifie qu'il existe beaucoup d'opportunités au niveau de la commercialisation de technologies. D'autant que je crois que nous sommes à un moment clé : l'ensemble des acteurs de l'écosystème, qu'ils soient majeurs ou mineurs, font face aujourd'hui aux mêmes challenges et régulations : réduction des coûts, recherche de nouveaux produits et innovations. Ils ont par exemple besoin d'outils basés sur les data complétant leur visibilité du risque, leur transparence.

Il y a donc d'importantes opportunités pour des acteurs qui souhaitent répondre à ces besoins et promouvoir de nouveaux modèles financiers, comme ceux valorisés par l'économie collaborative : investissement ou prêt en mode peer to peer, crowdfunding.

D'ailleurs Londres est en avance sur ce point, en ce qui concerne le crowdfunding lié aux fonds propres : nous avons des sites comme Seedrs ou CrowdCube, qui ont été officiellement reconnus par le Financial Conduct Authority (FCA)

Quels sont les liens entre les startup que vous allez incuber et l'environnement physique dans lequel vous évoluez ?

Il nous permet d'expérimenter en conditions réelles. Le Canary Wharf Group possède les trois centres commerciaux de la zone, qui comprend aussi Crossrail, le nouveau projet de transport qui reliera Maidenhead à Heathrow. Notre but est de transformer ces endroits en living labs, pour que les entreprises qui développent les technologies qui feront le retail de demain viennent et testent ces dernières avec nous. Plusieurs commerçants participeront et testeront les projets incubés. Nous pourrons également tester différents moyens d'interaction comme des plans interactifs basés sur la fréquentation, des systèmes de signalétique digitaux, etc. Les solutions qui améliorent la relation entre achat physique et en ligne feront enfin partie de notre cible.

Ce que nous voulons, c'est faire de Level 39 l'endroit où les entreprises viendront pour être incubées et expérimenter. D'ailleurs nous allons bientôt annoncer la mise en place d'un programme d'accélération dédiée. Le but est aussi d'inviter les professionnels du secteur en général à venir découvrir ce qui se fait. Dans ce secteur comme celui de la ville du futur, puisque le but est de prototyper des services pour Wood Wharf qui pourraient servir de vitrine à ce que sera la ville demain.

Pour vous l'incubation passe donc par cette validation par la pratique ?

La question qu'il se faut se poser est : est-il seulement possible d'innover sans tester ? Quand on réfléchit au sens de l'innovation, on peut dire qu'il s'agit d'un nouveau moyen de résoudre un problème, recherché ou accidentel, ou de créer quelque chose de totalement nouveau. Dans tous les cas, la manifestation du succès est l'adoption commerciale. Or en général il y a un fossé entre l'innovation en elle-même et le moment où elle va commercialement fonctionner. Cela demande beaucoup de travail et d'investissement. En expérimentant directement, en s'adaptant aux besoins des acteurs en place, il y a la possibilité d'aller plus vite.

Alors évidemment il y a des peurs des deux côtés : les startup ont peur d'être absorbées, les compagnies établies de changer. D'où notre rôle d'intermédiaire et de bac à sable, qui leur permet de se rencontrer, de se comprendre, de voir comment intégrer les idées de chacun. Chacun doit comprendre le réel intérêt et la valeur du partage !

L39

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