Les liens sociaux virtuels modifient-ils ceux de la vie réelle ?

Par 12 octobre 2009

Impossible de prendre les médias sociaux comme un simple prolongement virtuel de communication. Comprendre leur impact dans la vie quotidienne permettra notamment de pressentir l'influence sociale d'autres innovations.

Les réseaux sociaux et les téléphones portables influencent-ils la manière dont nous évoluons en société ? Pour faire le point sur cette question, l’université d’Oxford* annonce le lancement d'un projet sur trois ans. "L’objectif final est de construire un modèle permettant de prédire l’influence sociale qu’aurait toute introduction d’une nouvelle technologie", explique à L’Atelier le Docteur Felix Reed-Tsochas, directeur des Systèmes Complexes à l’InSIS. Pourquoi s'interroger sur l'impact éventuel dans nos rapports "réels" d'habitudes numériques ? Parce que le succès des réseaux sociaux en ligne consacre l’émergence d’un nouveau type de contact, explique Martin Dacos, chercheur à l’EHESS, à L'Atelier. "Les ‘amis’ sur Facebook constituent rarement des amis au sens où on l’entend habituellement", explique-t-il à L’Atelier.
Une influence dores et déjà perceptible
Il serait pourtant faux de les déprécier, c’est un type de relations totalement nouveau". Si les liens qui s’y construisent sont rarement purement virtuels, la proximité physique perd son caractère primordial. Selon lui, l’identité numérique va prendre une importance croissante. "Il est prouvé que la limite maximum du nombre de contact que peut gérer un individu s’élève à 150 personnes", note ainsi Felix Reed-Tsochas. "Il n’est pourtant pas rare de voir des internautes cumuler plus de mille contacts sur Facebook". Autre débat auquel cette étude permettra d’apporter un peu de clarté : le rôle de ces nouveaux réseaux dans l’exclusion sociale. "Le numérique crée une fracture importante qui se retrouve dans les réseaux sociaux", confirme Marin Dacos. "Mais il faut aussi considérer l’existence des réseaux liés à l’Internet mobile qui se développent très bien". Et notamment dans les pays émergents.
Des disciplines très diverses impliquées dans le projet
Pour mener leur étude, les chercheurs ont récolté les données anonymes relatives aux appels téléphoniques de sept millions de personnes. Ainsi que l’évolution minute par minute du nombre d’applications disponibles sur Facebook "C’est un peu comme regarder le marché financier", explique Felix Reed-Tsochas. "Cela nous donne une signature de ce qui se passe que l’on peut ensuite analyser". Les résultats proviendront de disciplines très diverses : sciences informatiques, sciences sociales, psychologie, physique... Il faudra ensuite essayer de bâtir des modèles à partir de ces observations empiriques. En plus d’Oxford, des universités finlandaises, polonaises, hongroises et italiennes sont également impliqués dans le projet qui devrait coûter 2,5 millions d’euros (une somme financée par la Commission Européenne). ), le Centre de Complexité de CABDyN, et l’Institut d’Anthropologies Cognitive et Evolutionnaire (ICEA)
* Trois instituts d’Oxford sont concernés : l’Institut pour la Science, l’Innovation et la Société (InSIS)

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