L'internet gratuit pourrait-il être victime de son succès ?

Par 11 mai 1999
Mots-clés : Smart city, Europe

Ceux qui proposent "l'Internet gratuit" se rémunèrent grâce aux bandeaux publicitaires insérés dans les pages d'accueil de leur portail et grâce à des commissions sur les ventes en ligne réalisées...

Ceux qui proposent "l'Internet gratuit" se rémunèrent grâce aux bandeaux
publicitaires insérés dans les pages d'accueil de leur portail et grâce à
des commissions sur les ventes en ligne réalisées. Leur intérêt est donc
d'augmenter la fréquentation de ces portails. Ainsi, certains fournisseurs
britanniques, comme Free-Serve, la filiale de Dixons, exigent de passer
par leur portail chaque fois que l'internaute souhaite prendre
connaissance de ses e-mails.
Enfin, ces fournisseurs d'accès gratuits se rémunèrent aussi grâce aux
reversements de leur opérateur télécoms alternatif partenaire. Dans un
pays comme le Royaume-Uni où les communications locales figurent parmi les
plus chères d'Europe, ces reversements peuvent être intéressants.
Outre-Manche, X-Stream, a inventé ce modèle économique. Outre l'accès
Internet, il propose aussi des jeux en ligne et des services de news en
liaison avec l'un des principaux groupes de presse britanniques Associated
NewMedia, tous entrecoupés de pages publicitaires. Bien qu'imité aussitôt
par Dixons et Tesco, X-Sream a conservé l'initiative en proposant un accès
Internet, via le RTC ou le RNIS, totalement gratuit aux heures creuses et
le week-end basé sur un numéro gratuit de type 0800. Il totalise
aujourd'hui près de 250 000 inscrits. Toutefois, FreeServe de Dixons, plus
puissant que lui, ayant conquis en sept mois d'activité près de 1,3
million de clients, occupe dès à présent le premier rang de l'accès
Internet au Royaume-Uni, X-Stream se maintenant en 3è position.
Près de 4 internautes britanniques sur 10, soit 4 millions profiteraient
déjà d'un accès gratuit, selon les analystes. En introduisant son propre
service Screaming.net, en partenariat avec le revendeur de minutes
Locatel, Tempo a relancé la bataille. Screaming.net est un service
d'accès gratuit aux heures creuses grâce à des numéros 0800.
Bien que nous n'en soyons pas encore là, la compétition est bien engagée
en France. Proposant déjà un forfait sur deux ans de 35 F par mois, le
Groupe Serveur, avait le premier, annoncé un accès gratuit pour juin.
En offrant un accès gratuit aux 200 000 et 250 000 premières personnes
respectivement qui en feraient la demande, WorldOnline et Lokace
Online/infonie ont suivi. Puis le groupe Iliad a lancé sa propre marque
Proxad. Il propose un accès gratuit, Free.fr, disponible dès à présent en
RTC ou Numéris sur 65 % du territoire. La France entière sera couverte à
la rentrée. Non limité en durée, son accès comprend la fourniture d'un
nombre également illimité d'adresses e-mail et l'hébergement d'un site web
personnel de 25 Mo maximum.
Le groupe Arnault (LVMH), dernier venu, s'est associé au britannique
Kingfischer (But, Castorama et Darty) pour créer un fournisseur d'accès
gratuit conjoint LibertySurf. Ses kits de connexion sont distribués par
tous les rayons "micro" des magasins Darty. Le groupe PPR, quant à lui, se
disposerait à distribuer prochainement, via notamment la FNAC, des
webphones incluant un accès gratuit à l'Internet.
Tous les modes d'inscription sont utilisés. Le groupe de presse
informatique VNU Publications France y ajoute l'inscription en ligne.
Les leaders historiques de la fourniture d'accès comme Wanadoo, AOL ou
Club Internet sont déstabilisés par cet accès Internet gratuit. Une
nouvelle génération de fournisseurs grand public apparaît soutenue par les
leaders de la distribution. Très souvent, on trouve derrière eux des
opérateurs télécoms alternatifs ambitieux comme Colt Telecom. Opérateur et
inspirateur de X-Stream, il est en France l'opérateur, pour une partie de
leur trafic, de WorldOnline, Lokace/Infonie et Free.fr.
Affichant encore au premier trimestre 1999 des résultats en hausse, AOL
affirmait il y a quelques semaines qu'il ne croyait pas en la pérennité du
modèle économique de l'accès Internet gratuit. Néanmoins, il teste
actuellement un accès basé sur des numéros gratuits 0800 qui le
dispenserait de supprimer ses forfaits mensuels. Wanadoo en France a déjà
dû diviser son forfait par deux, à 45 F par mois.
Les ISP payants traditionnels vont donc devoir trouver des parades pour
éviter l'évasion des abonnés et ne pas se contenter d'être les
fournisseurs d'une clientèle plus exigeante en termes de qualité de
service.
Les opérateurs historiques de boucles locales, comme BT et France Télécom,
n'apprécient guère d'avoir à contribuer à subventionner l'Internet gratuit
de leurs concurrents par leurs reversements aux opérateurs alternatifs.
Ils réclament déjà un arbitrage de l'Oftel en Grande-Bretagne et de l'ART
en France. Tous deux voudraient diminuer le taux de ces reversements.
Face à la croissance des trafics, les fournisseurs de l'accès Internet
gratuit demandent, pour leur part, des capacités d'interconnexion toujours
plus importantes et une interconnexion simplifiée, donc moins chère.
Toutefois, France Télécom n'est pas prêt à accorder cette interconnexion
de plus forte capacité. Directeur de développement de Colt France,
Emmanuel Tricaud explique "France Télécom ne nous livre que le quart des
capacités que nous lui demandons".
N'ayant pas tardé pour tirer le signal d'alarme, Colt France, dans une
lettre ouverte aux médias, réclame une concertation entre toutes les
parties concernées.En effet, en cas de désaccord, l'accès Internet
gratuit pourrait être victime de ses effets d'annonce. Par manque de
capacités d'acheminement suffisantes avant l'été, il causera une déception
qui pourrait lui être fatale.
(Deux pages - Le Quotidien du Multimédia - 12/05/1999)

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