Le livre interactif, un « business model » à inventer

Par 06 juillet 2015 2 commentaires
Le Bridging book fait le pont entre tablette et livre papier

Comment s’adapter aux nouvelles exigences du livre interactif et personnalisable ? Entre nouveaux acteurs et nouveau lectorat, les éditeurs doivent trouver des solutions innovantes face à l'évolution des usages.

Nouveau produit, nouveau business model. Cela pourrait un peu être la devise en forme de point de départ pour les éditeurs de livres interactifs, histoires à branches ou personnalisées. Un outil qui exige l’entrée en jeu de nouveaux métiers dans la chaîne éditoriale, avec pour conséquence des coûts croissants. « Le coût de développement d’un livre interactif reste très important, il faut intégrer de nouveaux acteurs. » nous explique Florence Rio, maître de conférence en sciences de l’information et de la communication à l’université de Lille 3.

« Le coût de développement d’un livre interactif reste très important, il faut intégrer de nouveaux acteurs. » 

La professeure a d’ailleurs participé au projet Dans l’atelier de Werther, un prototype de livre augmenté (entre tablette et livre papier) pour faire découvrir l’histoire de l’imprimerie aux enfants. Le projet se veut expérimental en collaboration avec une maison d’édition (Invenit), une agence de graphisme (Idées-3com) et différentes instances publiques. L'université du Minho au Portugal a d'ailleurs elle aussi lancé plusieurs projets similaires comme le Bridging Book, un livre papier qui, collé à une tablette interagit avec l'écran.

Les start-up entrent en scène

Les éditeurs traditionnels semblent appliquer le même modèle au livre interactif qui prévalait pour le livre papier. Ainsi, Nathan ou Gallimard Jeunesse, pour n’en citer que deux, suivent le modèle des collections avec la parution de plusieurs ouvrages interactifs à la suite comme la collection Dokéo+ en réalité augmentée. Face à ces éditeurs implantés, des start-up apparaissent avec d’autres modèles. Cylapp (un peu comme Popizz il y a quelques années) propose ainsi des plateformes d’édition en ligne pour réaliser des livres interactifs pour les plus jeunes. Les auteurs ou les parents directement peuvent ainsi construire pour les enfants des histoires enrichies sur tablette.

Et pour aller plus loin dans la personnalisation, la jeune entreprise française Lost My Name récemment financée par Google propose un unique livre papier. Maison d’édition plutôt particulière, puisqu’elle abandonne les collections pour ne se concentrer que sur un ouvrage unique personnalisable par les parents. Ces derniers entrent en effet le prénom de leur enfant sur le site de la start-up et des algorithmes font le reste pour changer l’histoire en fonction des lettres du nom du jeune lecteur. Avec un tel modèle de livre unique, la jeune entreprise automatise le processus éditorial et évite de faire intervenir tous les acteurs (graphistes, dessinateurs, etc.) pour chaque ouvrage personnalisé.

 

Des lecteurs prêts à la lecture augmentée

Sans compter que, dès lors que l’on parle de livre interactif, une question apparaît immédiatement : les lecteurs sont-ils prêts à cette nouvelle utilisation du texte ? La dernière enquête globale du Syndicat national de l’édition (SNE) tend à montrer que les lecteurs ont plutôt bien adopté le livre interactif. Entre 2011 et 2014, la proportion d’enseignants de mathématiques à utiliser des manuels numériques et multimédias est passée de 25 % à 46 % selon l’étude menée avec TNS-Sofres. Or la même enquête note que les usages (pour ce qui est des manuels interactifs) sont principalement collectifs. Les équipements demeurent en effet chers pour les milieux scolaires.

71 % : c'est la proportion des détenteurs de tablettes qui lisent des livres numériques selon le SNE et TNS-Sofres

D’autre part, 71 % des détenteurs de tablettes lisent des livres numériques. L’audience apparaît donc bel et bien prête à se tourner vers le livre interactif puisque déjà équipée et déjà habituée à la lecture sur tablette. Or pour le moment, la grande majorité des livres interactifs sont destinés aux enfants. On pourrait citer L’application « Récits d’objets » des éditions Invenit toujours qui propose aux visiteurs du musée des Confluences de Lyon des textes liés aux différents items exposés. Reste peut-être à étendre ce type de récits interactifs à d’autres projets moins locaux.

Le projet récit d'objet

Haut de page

2 Commentaires

Bien ces livres numériques-augmentés-interactifs-individualisés !
Bien mais quelle différence par rapport à une page WEB ?
Je pense que les éditeurs font fausse route en mimant le WEB. N'auraient-ils pas intérêt à proposer des livres numériques de qualité et beaucoup moins coûteux que sur papier ?

Soumis par Jean-Luc (non vérifié) - le 07 juillet 2015 à 08h45

Jean-Luc, je me permets une petite réponse puisque l'Atelier reste pour le moment muet ;)
Le "problème" d'une page Web c'est qu'elle est difficile à vendre, souvent l'accès est ouvert à celles et ceux qui disposent d'une connexion Internet. Cela bouleverse quelque peu le modèle économique de la "chaîne du livre" qui est habituée à vendre un objet (le livre papier). Les livres numériques enrichis vont prendre la direction du web, mais encore faut-il trouver un "modèle économique".
Ensuite concernant les "livres numériques de qualité et beaucoup moins coûteux que sur papier", c'est vrai qu'un livre numérique "homothétique" (c'est-à-dire qui comporte les mêmes fonctionnalités qu'un livre papier) ne coût pas forcément cher à produire, et d'autant plus lorsqu'il s'agit d'un roman (ou plus globalement d'une fiction). Mais la chaîne du livre est fragile, et pour le moment peut-être que les éditeurs ne prennent pas le risque de vendre moins cher du numérique, dans l'idée de continuer à vendre du papier (je ne sais pas si c'est un bon argument, mais c'est un phénomène que l'on peut noter).

Soumis par antoinentl (non vérifié) - le 16 juillet 2015 à 16h01

Mentions légales © L’Atelier BNP Paribas