En lobbying, le virtuel commence à venir renforcer le réel

Par 16 septembre 2010
Mots-clés : Future of Retail, Europe

Si l'industrie reste encore discrète, les actions de lobby commencent à se déporter sur le web, et notamment sur les réseaux sociaux. Entretien avec Caroline De Cock, lobbyiste auprès de l'Union européenne.

Caroline De Cock publie iLobby.eu: Survival Guide to EU Lobbying, Including the Use of Social Media*.

L'Atelier : Quels sont les secteurs qui s'investissent le plus dans le lobbying sur les réseaux sociaux?

Nous sommes en train de rentrer dans un monde où le virtuel permet de renforcer le réel. Cela vaut beaucoup pour les ONG : quand elle ont un message à porter, elles n'hésitent pas à faire du bruit quitte à perdre le contrôle. Ce mode d'activisme trouve facilement sa place sur les réseaux sociaux, où grâce à un facteur exponentiel il est possible de faire beaucoup de bruit avec peu de gens. A contrario, le lobbying industriel repose plus sur une logique de contrôle et de discrétion. L'industrie demeure donc aujourd'hui encore très méfiante face à des réseaux sociaux qu'elle perçoit comme anarchiques et incontrôlables.

A-t-on déjà vu des actions de lobbying spectaculaires en ligne?

J'en citerai deux, à la fois symboliques et particulières. Celle d'eBay d'abord, et dont les utilisateurs peuvent parfois, réglementation oblige, rencontrer des obstacles à l'achat ou au paiement de tel ou tel bien en ligne. eBay donc, a initié une pétition pour la création d'un marché unique européen online et recueilli 750 000 signatures. La moitié des internautes acceptant d'être tenu informés de futures actions... Autre exemple, celui de l'ONG La Quadrature du Net. Dans le cadre des débats liés au Paquet Télécom (avec la loi Hadopi en toile de fond) cette association a mis en ligne des pôles de connaissances sur le texte en discussion au Parlement, et créé un wiki, où les internautes pouvaient trouver des instructions (comment se présenter ?...) pour contacter dans tous les pays de l'UE, leur député. Résultat, grâce à un lobbying de dernière minute et contre toute attente, le Paquet Télécom n'a pas été voté comme cela était initialement prévu le 6 mai 2009.

Est-ce la même chose pour les institutions européennes : comment le Parlement et la Commission organisent-ils leur communication en ligne?

Caroline De Cock : Elles ont toutes deux des approches très différentes. D'un côté nous avons un Parlement, une structure centralisée dotée d'une certaine liberté, et d'une légitimité démocratique qui lui est conférée par l'élection. Avec au final une communication souvent décomplexée comme c'est le cas avec un blog comme Writing for (y)EU. De l'autre nous avons une Commission décentralisée avec une structure éclatée entre le politique (les commissaires européens) et le technique (les DG, directions générales et leurs services). Tout cela, cette dimension collégiale, a un impact sur la communication. La plate-forme Europa, le portail d'information de l'UE, relève au mieux du labyrinthe, mais l'on commence à voir des commissaires qui, comme Neelie Kroes, utilisent Twitter, ou Facebook, ou communiquent directement avec les internautes en postant des vidéos en ligne. Tout cela est en gestation. Il y a maintenant une envie de communiquer, même si cela a pris un certain temps.

*aux éditions Eburon

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