Quand le logiciel assiste l'addictologue

Par 05 mai 2008

Traiter des cas de dépendance à la drogue ou à l'alcool pourrait passer par des programmes informatiques. Une forme d'entraînement comportemental pour les patients.

Un logiciel peut aider les toxicomanes et alcooliques à rester abstinents. C'est ce que montre une étude de l'université de Yale, dont les résultats ont été publiés dans l'édition en ligne de l'American Journal of Psychiatry. Soixante-dix-sept volontaires suivant un traitement pour une dépendance à la drogue ou à l'alcool ont été divisées en deux groupes : l'un continuant la procédure de suivi psychologique habituelle, avec un thérapeute, l'autre ajoutant à cette thérapie des sessions d'entraînement sur ordinateur. Ces dernières étant fondées sur les thérapies cognitives et comportementales. Le programme, interactif, regroupe un ensemble de supports multimedias. Ceux-ci ont été développés afin d'aider l'utilisateur à apprendre de nouvelles façons de gérer son manque et son attitude par rapport à la drogue. L'étude a réuni des patients diagnostiqués comme ayant des problèmes avec différents types de substances : alcool, cocaïne, opiacés ou encore marijuana.
Un ordinateur à la place d'un thérapeute?
Ceux appartenant au groupe qui testa le logiciel, ont été exposés à six leçons, auxquelles ils ont assisté à partir de postes situés dans leur établissement de santé. Chaque module incluait un bref film interactif mettant le patient dans des situations où il devait montrer sa capacité à résister à la prise de substance : comme l'offre de drogue par un dealer par exemple. Le narrateur de la leçon présentait alors différentes méthodes et stratégie pour éviter la consommation du produit addictif, tout en montrant des applications pratiques dans la réalité. Selon les chercheurs, les individus ayant testé ce logiciel sont restés abstinents beaucoup plus longtemps que les autres. "On pourrait craindre que cette méthode menace la valeur ajoutée de la relation entre un patient et son thérapeute. Mais ce programme ne doit pas être pris comme tel : c'est une procédure économique qui peut au contraire améliorer un traitement conventionnel", commente William Sledge, psychiatre.
Un entraînement virtuel
Patrick Fouilland, addictologue et président du F3A (*) estime que "tous les établissements n'ont malheureusement pas les équipes nécessaires. C'est pourquoi un tel complément peut s'avérer intéressant ". L'addictologue pense aussi que le logiciel est un moyen d'amener des patients réfractaires à entreprendre un traitement. Un programme sur ordinateur peut être une entrée en matière, avant d'affronter un thérapeute. Et Patrick Fouilland d'ajouter : "on peut aussi le comprendre comme étant de l'ordre de l'entraînement : un pianiste a beau avoir un très bon professeur, il aura toujours besoin de faire ses gammes de son côté". Ainsi, lorsqu'on travaille sur une addiction forte, il est essentiel que le patient puisse aussi s'aider lui même.
(*)Fédération des Acteurs de l'Alcoologie et de l'Addictologie

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