« Lyon Smart City veut créer un écosystème à la Silicon Valley »

Par 07 juin 2016
Mots-clés : Smart city, Ecosystème, Europe
Lyon Smart city

A l’occasion des Prix de l’innovation “Le Monde” Smart Cities dont L’Atelier BNP Paribas était partenaire, Gérard Collomb, sénateur-maire et président de la Métropôle de Lyon, a dévoilé sa vision de la ville intelligente.

La cité dont il est l’édile a notamment misé sur les smart grids et la mobilité pour permettre aux 1,3 millions d’habitants de l’agglomération lyonnaise dont 144 500 étudiants et à son écosystème de startups - 15 000 entreprises y sont créées par an – de vivre dans une vraie « smart city ».

Retrouvez le podcast de notre interview de Gérard Collomb dans L'Atelier Numérique !

Le Maire de Lyon, Gérard Collomb

Portrait de Gérard Collomb - Sénateur Maire de la ville de Lyon

 

L’Atelier - A quel moment la Métropôle de Lyon a-t-elle amorcé son virage numérique ? Quelles furent les premières actions menées afin de devenir une smart city ?

Gérard Collomb - Lyon Smart City a commencé il y a une petite dizaine d’années au travers de plusieurs partenariats avec de grandes entreprises. EDF avait ainsi choisi Lyon pour tester ses compteurs Linky. Mais la première grande “pierre” à l’édifice a été le développement de vélo’v, l’équivalent lyonnais du Vélib’ parisien. J’aime d’ailleurs rappeler que nous étions l’un des précurseurs dans le domaine du vélo libre service [ndlr: les Vélo'v lyonnais sont entrés en service à partir de 2005 et également géré par JCDecaux] et que cette invention a permis, dès lors, de faire en sorte que le vélo se développe dans toutes nos grandes villes. Par la suite, nous nous sommes développés sur d’autres champs, que ce soit la rénovation énergétique des bâtiments ou la mobilité dans son ensemble.

Image de personnes en vélo sur les quais lyonnais

Le Vélo'v permet aux lyionnais de se promener sur des pistes cyclables dédiées sur les quais. ©Site officiel de la ville de Lyon

Vous affichez clairement vos ambitions dans ces deux domaines pour rendre la ville vraiment intelligente. Quelles initiatives sont menées en ce sens ?

L’un de nos chantiers se situe dans le domaine du bâtiment intelligent, avec pour laboratoire d’expérimentation l’éco-quartier de la Confluence où nous nous sommes efforcés de bâtir des immeubles les moins consommateurs en matière d’énergie. Notamment, nous avons co-construit avec l’agence pour les énergies renouvelables du Japon, le Nedo, un groupement d’immeubles à énergie positive dont le projet porte le nom d’Hikari (“Lumière” en japonais).

 

 

C’est actuellement l’un des plus grands groupes de bâtiments en France générateur d’électricité. Il permet d’ailleurs d’alimenter en électricité des systèmes de voitures électriques en autopartage, mais également des anciens bâtiments HLM des années 1930 que nous avons intégralement rénovés. A l’intérieur de ces bâtiments, tous les habitants ont d’ailleurs été équipés de tablettes, reliées notamment aux appareils ménagers, afin de pouvoir suivre au mieux leurs consommations d’énergie.

Concernant la mobilité, nous avons souhaité nous concentrer sur le développement d’applications prédictives de trafic qui peuvent donc permettre au citoyen-utilisateur de déterminer la meilleure solution pour se déplacer en ville.

Au cours de la journée de débats lors de ces Prix de l’innovation “Le Monde” Smart Cities avec L’Atelier BNP Paribas, vous avez évoqué l’importance des ressources intellectuelles pour une ville. Quelles sont celles que vous engagées actuellement dans votre processus de transformation ?

J’estime qu’aujourd’hui les villes, notamment en matière d’émissions de CO2 et de défis climatiques, sont évidemment à l’origine du problème - puisque par l’intermédiaire de services de mobilité ou par les bâtiments, ce sont elles qui émettent le plus de gaz à effet de serre. Heureusement, elles sont riches d’une telle concentration de ressources intellectuelles qu’elles ont toutes les cartes en main pour apporter également des solutions à ces problèmes.

 

 

Dans le cas de la ville de Lyon, nous essayons de créer un écosystème proche de celui de la Silicon Valley avec une proximité entre universitaires, chercheurs et entrepreneurs. Nous croyons fermement à la nécessité d’essaimage de startups. Car, il faut le rappeler, Lyon possède l’une des French Tech les plus développées avec énormément de jeunes de 20 à 30 ans qui créent leur startup.

Vous avez également évoqué votre intérêt pour la biologie ou encore l’intelligence artificielle. Ces “chantiers” représentent-ils pour vous l’avenir de la Smart City ?

Bien sûr ! Je crois à l’expérimentation et à la diversité des domaines pour innover. C’est d’ailleurs le cas du gagnant des Grand Prix Smart Cities, Forcity, qui est un exemple intéressant de transposition d’un domaine à un autre pour innover dans la ville. La startup travaillait à l’origine sur la complexité du système humain en biologie. Or, une ville est également un système complexe avec des interactions propres. Ils ont ainsi pu transposer leur savoir et se concentrent désormais sur la modélisation des villes. Leur travail les a amenés à prédire les liens de cause à effet lors d’une action à un instant T. Par exemple, si vous construisez un groupe de logements dans un quartier, il y aura évidemment un impact sur les transports en commun.

Retrouvez notre article sur le gagnant du Grand Prix, Forcity !

Montpellier ouvre ses données et propose à ses startups un challenge Big Data pour les aider à modeler la ville de demain. Quelle est la position de Lyon en matière d’open data ?

Nous avons, nous aussi, fait le choix de progressivement rassembler toutes les données collectées par la ville afin de les mettre à disposition des startups pour leur permettre de créer des solutions et services nouveaux, et faire ainsi en sorte que la ville soit plus agréable à vivre pour celles et ceux qui y habitent. Cela comprend toutes les données du Grand Lyon : aussi bien dans le domaine de la construction de logements, que des données liées aux transports en commun, en y associant au passage la SNCF, ou encore liées aux réseaux d’eau. De cette manière, nous essayons d’offrir le champs d’action le plus large possible, pour que le plus grand nombre de personnes puissent se servir de ces données pour des développer et répondre aux problèmes qui se posent dans la vie de tous les jours.

 

 

Point sur l'ouverture des données du Grand Lyon au Paris Open Source Summit de 2013

Si l’on en croit votre rapport à la donnée, le nouveau rôle du Maire ne serait-il pas de devenir en quelque sorte le « CEO » de sa ville ?

Il y a un peu de ça ! Un vrai CEO, pour moi, est quelqu’un qui est capable dans un premier temps de véritablement percevoir l’innovation. Qui va chercher un peu partout, voir ce qui bouge et qui apportera ensuite des solutions nouvelles. Mais pour cela, je crois sincèrement qu’il faut se donner pour mission de rassembler des personnes de milieux différents autour d’un objectif pecommun.

Julie de Pimodan, lauréate des Prix MIT nous raconte comment le Maire peut devenir CEO de sa ville.

Comment une ville peut-elle, dans ce cas, faire en sorte de favoriser la rencontre ?

Nos sociétés, aussi bien du XXè que du XXIè siècle sont extrêmement cloisonnées. Les gens ont tendance à vivre à proximité de ceux qui leur ressemblent, aussi bien dans les populations aisées que celles plus démunies - ce qu’on appelle l’entre-soi. Et c’est quelque chose qui, pour nous, est particulièrement négatif dans le cadre du développement d’une ville intelligente. Il faut que les gens se croisent, et, pour qu’ils se croisent, il faut que la ville permette la création d’une mixité sociale en son sein.

Pour en revenir plus particulièrement au cas de Lyon, là où hier nous avions des quartiers composés de 80% de logements sociaux, nous avons souhaité ramener des couches moyennes et détruire des bâtiments pour en construire d’autres. Et dans les quartiers nouveaux, par contre, et c’est le cas notamment de celui assez emblématique de la Confluence, l’idée a été a contrario d’intégrer 25 à 30% de logements sociaux.

Image de la ville de Lyon

La seconde étape est de faire en sorte que toutes les banlieues, car il en reste encore quelques unes, soient reliées de manière pratique au coeur de la ville pour qu’il n’y ait pas de séparation entre les deux. On (re)pense justement tous les quartiers avec des espaces de rencontres. On ne travaille pas à la construction d’un immeuble sans réfléchir à la perspective qu’on lui donne des grandes places, des grandes allées, de la végétation etc. De la même manière que, par le passé, on pensait que la terrasse était le prolongement du logement, j’aimerais aller plus loin et dire que, pour nous, l’espace public en bas de l’immeuble, c’est aussi le prolongement de l’appartement.

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