La machine anticipe les décisions du conducteur

Par 15 avril 2008
Mots-clés : Smart city, Europe

Le Bernstein Center développe une interface pour déchiffrer les signaux émis par le cerveau pour effectuer une action. La relier à un véhicule permettrait à l'automobiliste d'être plus réactif.

Anticiper les réactions d'un individu en lisant directement dans son cerveau. C'est le projet du Bernstein Center for Computational Neuroscience de Berlin, qui développe une interface permettant de mesurer l'activité cérébrale d'une personne en train d'effectuer une tâche. Elle utilise la technique d'imagerie à résonance magnétique, qu'elle combine à des systèmes informatiques capables d'analyser et de traduire les signaux émis par le cerveau. Ce, afin de mesurer l'activité du cortex préfrontal, siège de la décision initiale, et d'identifier un signal représentant la décision d'effectuer une action jusqu'à sept secondes avant que l'individu ne la réalise physiquement. Une telle innovation pourrait avoir des applications très concrètes, notamment pour réduire les risques d'accident de la route. Ce, en reliant l'interface à une machine ou à une automobile pour permettre à cette dernière d'être réceptive aux signaux envoyés par le cerveau. Sur une route, un véhicule pourrait freiner ou dévier de sa trajectoire pour éviter un obstacle que le conducteur aurait inconsciemment déjà perçu mais pas encore réalisé.
Un décalage entre la pensée et le geste
Reste que ce but est encore loin d'être atteint. "Il est impossible pour le moment d'envisager l'application de cette solution pour la simple bonne raison qu'une machine IRM n'est pas déplaçable", souligne ainsi Boris Barbour, directeur du laboratoire de neurobiologie à l'ENS Paris. Et d'ajouter : "le dispositif pourrait cependant se montrer intéressant si on affine les techniques et si on mesure l'activité du cerveau en situation de mobilité avec d'autres méthodes comme les électrodes". Pour vérifier l'efficacité de leur dispositif, les responsables du projet ont mené une phase de test avec une quinzaine de volontaires. Ces derniers ont été couchés dans un appareil à IRM. Ils ont ensuite été chargés d'appuyer à plusieurs reprises et selon leur envie sur l'un des deux boutons situés à leur droite et à leur gauche. En parallèle, ils devaient regarder un écran sur lequel défilait une lettre toutes les demi seconde et indiquer quelle était celle affichée au moment où ils ont appuyé.
Le libre arbitre en question
Résultat : le décalage entre le moment où l'individu effectue son action et celui où il regarde la lettre affichée oscille entre une demi et une seconde. Quant aux IRM, elles auraient permis de prédire près de 60 % des actions réalisées ensuite par les volontaires. "Si l'on peut déjà établir quelques corrélations, il n'est pas encore possible de lire de la pensée dans le détail avec l'IRM ", nuance cependant le neurobiologiste. Autre problème : le système pourrait remettre en question la notion de libre arbitre, en considérant comme seule valable une décision qui n'a pas été réfléchie consciemment par l'individu. Pour Boris Barbour, la question ne se pose pas. "Si on croit que la conscience reflète l'activité de notre cerveau, il ne me semble pas choquant qu'une décision soit prise avant qu'on en soit parfaitement conscient", conclut le directeur de laboratoire.

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