Le maintien de la paix s'étudie d'abord dans les mondes virtuels

Par 27 novembre 2009

Pour étudier les conséquences d'actions envisagées dans les pays en guerre, l'université du Maryland propose de créer un monde virtuel simulant différentes situations. Une approche qui prête à polémique.

Pour faciliter la prise de décisions politiques et stratégiques les plus à même de garantir la paix et la sécurité dans les zones de conflits, l’université du Maryland propose de passer par les mondes virtuels. Elle a créé un environnement où l’issue probable de diverses actions politiques ou militaires pourra être étudiée de manière réaliste. Et ce, en combinant les techniques de modélisation par ordinateur, de prédiction des comportements de groupe et les possibilités graphiques des jeux vidéo. "Un tel système permettrait de prédire le coût financier, bien sûr, mais aussi humain ou encore environnemental d'un conflit, et ainsi mieux informer opinions publiques et dirigeants", explique Luc Reychler, directeur du Centre de recherche pour la paix et les études stratégiques. "Cela permettrait également une prise de décision reposant uniquement sur des données factuelles et comportementales".
Ne pas s’appuyer uniquement sur les comportements passés
Pour les auteurs du projet, les informaticiens ont désormais à leur disposition les théories informatiques et les logiciels nécessaires à la reconstitution d’un Afghanistan virtuel, par exemple. "Les spécialistes des sciences humaines seront des partenaires essentiels pour que nous puissions modéliser ces mondes virtuels et prédire les évolutions de situation", explique le responsable du projet. Le système utilise pour cela des techniques d’intelligence artificielle et les données disponibles sur les actions passées de certains groupes, notamment terroristes. Le monde virtuel est peuplé d’habitants se comportant en fonction de modèles prédéfinis.  "Mais il faut faire attention à ne pas s’appuyer uniquement sur les comportements passés", prévient cependant Luc Reychler.
Une approche cynique ?
"Sans quoi les prédictions ne pourront pas être valables". Même bémol du côté du professeur Peter Burgess de l’Institut international de recherche sur la paix d’Oslo. "Je ne pense pas que cela puisse fonctionner, les dimensions humaines de ces conflits sont trop complexes pour être simulées", explique-t-il à L'Atelier. Autre biais, le système requiert des informations qu’il est difficile de se procurer dans les zones de conflits. "En Irak, par exemple, on récupère facilement des données sur les victimes américaines", explique Luc Reychler. "Mais beaucoup moins sur les victimes irakiennes". Dernière inquiétude soulevée par les géopoliticiens : qui contrôlera le système ?

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