Des méfaits de la localisation à tout va

Par 13 janvier 2009 1 commentaire
Mots-clés : Amérique du Nord, Europe

J'ai écrit la semaine dernière sur le site de L'Atelier un article sur la mise en place par le pays de la vidéosurveillance - ou Royaume-Uni - d'un site collaboratif alimenté par les forces de l'ordre et qui répertorie les actes criminels comptabilisés par quartier, ville ou région de la Grande-Bretagne et du pays de Galles. Le principe, c'est de permettre aux habitants de regarder quel est le taux de criminalité de l'endroit où ils habitent, les menaces qu'ils doivent le plus craindre : vol, attaque physique, cambriolage... Ils peuvent aussi participer à cette grande base de données s'ils ont été témoins d'un tel incident. La police appelle cela un rapport, et il est vrai qu'en de nombreux cas il sera plus facile aux témoins de faire part de ce qu'ils ont vu par Internet qu'après avoir attendu plusieurs heures dans un couloir du poste le plus près de chez eux. Reste qu'on ne peut pas ne pas penser à l'autre côté du miroir : celui de la délation.

Et encore, il me semble que la chose la plus à redouter n'est pas ça. Les forces de l'ordre, chargées de recouper l'information, sauront bien quand même - enfin on l'espère - discerner le véritable crime de la volonté de nuire ou simplement de celle d'occuper une soirée désoeuvrée. Le problème, c'est que comme un grand nombre de mesures censées nous rendre le quotidien plus sûr (évidemment qu'à première vue on a envie de dire : génial, le système permettra à la police de mieux répartir ses escouades, et à moi de savoir s'il existe beaucoup de délinquants dans mon quartier), celles-ci nous font basculer dans une société sécuritaire. Où l'on accepte de se priver de libertés soi-disant pour les préserver.

Deux exemples me viennent à l'esprit : celui du quartier de Shoreditch en Grande-Bretagne où les résidents eux-mêmes sont chargés de veiller au bon ordre des bâtiments et des rues : une chaîne de TV retransmet dans les foyers les images prises par les caméras de sécurité. Aux habitants de zapper quand ils le souhaitent, et d'appeler la police s'ils détectent un évènement suspect. Soit la meilleure manière de sabrer le respect de l'intimité de tout un chacun et de plonger les locataires dans un climat de surveillance permanent. Ou simplement de se livrer en toute transparence au péché d'espionnage de son entourage. On pourrait aussi craindre un encouragement tacite de la justice personnelle. L'autre exemple ? Il n'est pas loin du projet mis en place au Royaume-Uni : il s'agit de la localisation des criminels sexuels aux Etats-Unis. Chaque mère de famille peut vérifier si aucun pédophile n'habite dans son pâté de maison. Ou comment faire croire qu'on résorbe un danger en ciblant non pas sa cause mais l'une de ses conséquences.

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1 Commentaire

Nice site you have!

Soumis par Lesbiche (non vérifié) - le 27 janvier 2009 à 14h59

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