[mHealthEU] Santé numérique : "Il faut se concentrer sur la valeur ajoutée et savoir qui va payer pour celle-ci"

Par 12 mai 2014
Juliane Zielonka

Les nouveaux modèles de paiement permettent de relier le secteur médical et le grand public pour apporter de la valeur ajoutée et être rentable.

Entretien avec Juliane Zielonka dans le cadre de sa présentation sur "Les nouveaux types de paiement et business models pour une meilleure prise de décision en santé numérique" lors du sommet européen mSanté à Berlin. Elle a fondé die Artverwandten, une société d’édition spécialisée dans les nouvelles technologies dans le domaine de la santé numérique.

L’Atelier : Vous avez établi une comparaison entre le secteur médical et le secteur "lifestyle". Qu’est-ce qui caractérise leurs business models ?

Juliane Zielonka : D’un côté, il y a le secteur médical qui regroupe le patient, les professionnels de la santé et le payeur, c’est-à-dire le gouvernement en tant qu’assurance-santé. De l’autre côté dans le secteur lifestyle, il y a les fournisseurs de services et les consommateurs. Ce sont deux secteurs différents avec deux rôles différents à jouer. Les business models peuvent fonctionner des deux côtés mais le secteur médical est beaucoup plus régulé, c’est pourquoi il y a un besoin plus élevé en temps et en pouvoirs financiers pour réussir dans ce secteur. En effet, l’objectif est d’obtenir des paiements qui vont contribuer à créer des standards certifiés pour tous, tandis que dans le lifestyle, les paiements serviront à une échelle individuelle : faire du profit pour une entreprise, améliorer sa qualité de vie pour le consommateur.

Pouvez-vous expliquer plus en détails les nouveaux modèles de paiement que vous préconisez ?

Les nouveaux modèles de paiement s’articulent autour de la problématique suivante : qui est prêt à payer et pour quel type d’informations ? Nous avons donc pensé à la manière de créer des modèles de paiement qui permettraient de relier le secteur médical et le lifestyle. Premièrement, il serait possible d’exploiter une valeur ajoutée dans le domaine médical et laisser l’utilisateur payer. Prenons l‘exemple des jeux médicaux pour patients atteints de maladies chroniques ou des produits de rappel pour prendre ses pilules. Les systèmes de protection de données avec code-barres pourraient quant à eux être des produits dont la valeur ajoutée pourrait être portée financièrement par les entreprises. Ou bien encore la collecte des données utiles à des tierces parties qui paieraient pour se les procurer (données utilisateurs pour des études de marché, etc.)

Il est donc possible de relier les deux secteurs en créant des données cliniques. Si vous êtes persuadés que votre produit fonctionnera, testez-le auprès des professionnels de la santé car ils ont des idées mais ne savent pas encore comment être rentables. Aujourd’hui, les nouveaux modèles de paiement qui apparaissent se positionnent comme des ponts entre les différents secteurs. Ils créent de la valeur pour une des parties prenantes qui sera prête à payer pour leurs services.

En tant qu’entrepreneuse, quels conseils pourriez-vous donner à des startups ?

Tout d’abord, il est nécessaire de connaître son groupe cible et savoir pour qui on crée du profit et de la valeur. Il est possible de créer de nombreux impacts sociaux comme créer des campagnes de sensibilisation par exemple, mais qui va payer pour ça ? Il existe de nombreuses entreprises qui se disent "sociales" mais qui ne fonctionnent pas réellement comme des entreprises et se placent donc sur le côté social plutôt que business. Le conseil que je donnerai c’est donc de se concentrer sur la valeur ajoutée et savoir qui va payer pour celle-ci. Ensuite, il vaut mieux tester son projet à petite échelle sur un petit groupe de consommateurs pour récolter les premiers feedbacks et créer des prototypes. Il faut aussi parler de son idée avec d’autres acteurs importants dans son domaine et se faire un réseau. Il faut être coopératif et collaboratif, ce qui permet de se positionner sur une niche et développer son projet. Il ne faut pas avoir peur de se faire voler son idée car en tant qu’entrepreneur, on est motivé par la passion ! Et enfin, il ne faut pas oublier de se rémunérer soi-même dès le début de l’activité.

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