Michel Ocelot au pays des nouvelles technologies

Par 24 janvier 2012
Michel Ocelot

Dans la famille des icônes absolues du cinéma d'animation, je demande Ocelot l'enchanteur. Oui, Michel Ocelot, connu du grand public suite à Kirikou la Sorcière.

Michel Ocelot, c'est surtout le maître des silhouettes noires ou blanches. Son premier court métrage, Les Trois Inventeurs (une merveille) était tout de papier découpé. Un travail d'orfèvre. Créer de la poésie de toute chose semble être son credo.

La création est jeu. La création est émerveillement. Et puis, les nouvelles technologies, aussi. C'est pas nous, mais Michel Ocelot qui le dit :).

D'ailleurs, Michel et le web, j'ai ouï dire que c'est une grande histoire d'amour.

La preuve en extraits, ici.

Parlons technique. Dessinez-vous sur tablette graphique ou êtes-vous resté au papier ?

Michel OCELOT: Je dessine plutôt sur papier, mais j’ai pu passer directement du 19ème siècle au 21ème siècle. Je ne m’étais jamais habitué à de la palette graphique avec le dessin téléguidé ailleurs qu’au bout des doigts.

Je me suis acheté une tablette directe et je suis très heureux. Parce que je dessine, le trait a du retard mais je m’y fais. Et je peux réellement dessiner. Un programme comme Photoshop m’enchante absolument. C’est le rêve de tout graphiste et de tout peintre. J’ai vraiment un plaisir de peintre avec cette manière de faire des décors.

Chacun des décors de mes films, c’est une orgie, et cela c’est bon. C’est quelque chose qu’on peut vraiment faire avec l’ordinateur beaucoup mieux qu’avec la peinture. La peinture ne disparaîtra jamais ni le dessin. Mais je sens que je vais plus loin avec l’ordinateur parce que j’ai vraiment à ma disposition toutes les couleurs, toutes les valeurs. Je peux me relire autant que je veux, changer autant que je veux et garder tous les états bouleversés. Je pense qu’on va plus loin.

On a eu la déferlante 3D dernièrement. Vous l'avez d'ailleurs utilisée pour votre dernier film, Les Contes de La Nuit. Est-ce une technique que vous utilisez volontiers ou que vous vouliez juste tester?

Ma vie se divise en deux parties, avant Kirikou et après Kirikou.

Avant Kirikou, j’ai eu énormément de mal à avoir accès aux outils pour travailler. Je voulais me tuer au travail et je n’avais pas accès aux outils. Maintenant, j’ai accès aux outils. Je vois à l’horizon passer la 3D stéréoscopique, je la saisis et je joue avec. Mais c’est juste le plaisir d’essayer quelque chose de nouveau et de jouer.

Et dans les Contes de la nuit, je crois que j’ai assez bien joué. C’est-à-dire que je n’ai pas été esclave de l’outil, j’ai fait de la 3D plate. Je pense que la 3D plate est plus intéressante que la 3D en forme totale parce qu’il y garde un petit sourire et une petite magie.

La stéréoscopie parfaitement réaliste, c’est vous et moi, on est très sympathique, on est en full 3D stéréoscopique mais cela ne nous fait ni chaud ni froid.

Il faut trouver autre chose. Avec mon jeu dans un théâtre d’ombre, j’ai utilisé volontiers l’espace, mais j’ai laissé tout le monde plat, ce qui fait que le charme existe jusqu’au bout.

Et le web, est-ce un outil de travail ?

D’abord, j’ai utilisé très tôt le courriel, parce que j’étais, il y a un certain temps, Président de l’Association internationale des Films d’Animation (l’ASIFA) pendant six ans.

Au début, j’ai dit « Désormais, nous allons communiquer par fax », j’avais l’impression de faire de la science fiction. Mais en très peu de temps, c’est devenu un vieux truc et je me suis aperçu que l’Internet était beaucoup mieux. C’était vraiment un don du ciel pour l’Association internationale. [...]

Ensuite, les moteurs de recherche, c’est sensationnel. J’ai pitié des gens qui sont nés avec cet outil et qui ne jubilent pas autant que moi.

Avant Google, pour faire des recherches, il fallait être dans une bibliothèque, remplir des fiches, faire la queue, découvrir que ce n’était pas le bon livre, pouvoir le sortir. Et là sur n’importe quel sujet! J’avais besoin de savoir comment était une râpe à manioc. Je tape : « râpe à manioc », et j’ai plusieurs modèles. Là je reviens aux contes de fée. Pour moi c’est un conte de fée, c’est magique et je jubile.

L'interview audio est à écouter ici.

Merci à Andrea Bachmann du Festival du film francophone de Tübingen!

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