"La mise en avant d'un artiste n'est pas qu'une question de marketing"

Par 01 février 2010
Mots-clés : Future of Retail

La perspective d'une gestion globale des contenus culturels pose la question de leur qualité. Mais aussi de la place des artistes et des majors. Entretien avec Annina Svensson, responsable France de Spotify.

Annina Svensson est responsable France du site d’écoute de musique en ligne Spotify.
L’Atelier : Qu’est-ce qu’une approche du type gestion collective changerait à la qualité des contenus musicaux ?
Annina Svensson : En parallèle des maisons de disque, de plus en plus d’artistes utilisent des plates-formes qui leur permettent de produire leur musique et de la diffuser ensuite sur différentes plates-formes d’écoute ou de téléchargement. Tout va être mélangé, la différence se fera sur la mise en avant de certains titres sur les plates-formes ou par le choix d’encodage. Ce sera un choix éditorial propre à chaque plate-forme. Cela dépendra des tendances du moment, de choix personnels...
Comment vont réagir les majors ?
La seule réaction à avoir c’est de créer de meilleurs artistes et de les mettre en avant sur les plates-formes. Avant, la promotion d’un artiste se faisait sur les radios, c’était plus simple. Maintenant les auditeurs vont directement sur les sites, il y a beaucoup plus de choix. C’est plus difficile pour un artiste de percer, il faut être présent sur un plus grand nombre d’endroits. Il faudra être plus rusé, avoir plus de compétences musicales et techniques. Mais les maisons de disque ne vont pas mourir, elles ont encore la capacité de trouver de bons artistes et de les vendre.
Justement, cela ne donne-t-il pas l’avantage aux grosses majors dont les départements marketing ont les moyens de faire ces dépenses ?
La mise en avant d’un artiste, ce n’est pas seulement une question de marketing, c’est aussi une question de viralité. La recommandation d’un ami pèse lourd, et ce partage est rendu possible par les réseaux sociaux. Par exemple, il est possible de partager sur Twitter des playlists créées sur Spotify.
Le partage des catalogues aura-t-il d’autres conséquences ?
Il faut se rappeler que si un morceau n’est pas accessible sur une plate-forme, l’internaute sortira de la voie légale pour aller le télécharger en peer-to-peer. En sachant qu’avoir accès au catalogue est une chose, mais que toutes les plates-formes n’ont pas les capacités techniques d’accueillir cette inflation de morceaux.
Est-ce un phénomène qu’on retrouve dans les autres industries culturelles ?
Oui. La musique est passée en premier parce que qu’il y a peut-être plus d’engagement de la part du public. Il est aussi plus coûteux de produire un film que de faire de la musique, mais on voit les mêmes phénomènes se mettre en place.

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