Le mobile, levier économique aux Etats-Unis ?

Par 27 mars 2008

Une majorité d'Américains considère le téléphone portable comme un outil important de croissance. Or les classes modestes sont nombreuses à ne pas en bénéficier.

Le téléphone portable n'a pas qu'un rôle de connecteur social : il possède également celui de levier économique. Selon un rapport édité par le Center for Developmental Communications du MIT, le mobile faciliterait en effet la recherche d'emploi, la possibilité de gagner de l'argent et celle de faire face plus simplement aux situations d'urgence. Autant de critères qui semblent à première vue évidents. Avoir la possibilité de communiquer en permanence permet en effet de contacter plus simplement un employeur et de rester connecter au monde, quelle que soit son activité. Mais le problème est bien là : 40 % des 45 millions de foyers américains considérés comme pauvres ne possèdent pas de téléphone portable. Et ne peuvent donc pas bénéficier de ce cercle vertueux. Selon le rapport, si ces individus possédaient un combiné mobile, ils pourraient générer entre 3 et 11 milliards de dollars de revenus supplémentaires. "Des millions d'Américains dans le besoin passent à côté de bénéfices économiques que d'autres Américains attribuent en partie à la possession d'un téléphone", souligne ainsi Nicholas Sullivan, auteur du rapport.
Aider à la recherche d'emploi
Le rôle du portable dans la logique économique n'est pas négligeable : selon le rapport, plus des trois quarts des personnes interrogées qui possèdent un téléphone l'utilisent majoritairement dans un but professionnel ou pour parler d'argent. Un tiers de celles en activité estime que leur téléphone les a aidé à gagner plus d'argent, en leur donnant la possibilité de trouver un emploi mieux rémunéré ou en leur donnant la possibilité de trouver de nouveaux clients. Et les personnes à qui le mobile semble le plus utile d'un point de vue professionnel sont celles appartenant aux catégories professionnelles les moins favorisées. Ainsi, 40 % des ouvriers interrogés et disposant d'un mobile estiment que ce dernier leur a permis d'avoir un travail, contre un quart seulement des cadres. Le fait de rapprocher le potentiel économique du téléphone à son rôle en situation d'urgence n'est pas anodin. Pour la majorité des Américains interrogés, le portable est en effet considéré comme le moyen le plus rassurant de faire face à un problème, pour appeler des services médicaux, mais également pour joindre ses proches par un appel ou par SMS.
Des autorités encore focalisées sur le fixe
Or, souligne l'étude, les individus défavorisés sont souvent plus confrontés à la violence. "Si elles possédaient un mobile, ces personnes bénéficieraient doublement de cet effet de 'couverture de sécurité' qu'apporte le téléphone portable", explique Graham Hueber, responsable de recherche. Le rapport se garde cependant de faire de l'angélisme, et de faire du mobile un remède à la précarité. Il s'adresse plutôt aux autorités fédérales et aux institutions qui souhaitent réduire la fracture numérique en lançant des programmes pour faire profiter les foyers éligibles de services téléphoniques. Selon les auteurs de l'étude, ces initiatives ne viseraient pas toujours les bonnes cibles. "Ces programmes atteignent peu ceux qu'ils sont censés aider et restent souvent focalisés sur les lignes fixes, considérées comme les plus utiles aux personnes", conclut John Breyault, directeur du think tank NMRC ayant publié l'étude.

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