"Les monnaies virtuelles expriment d'autres formes de richesse"

Par 30 novembre 2009
Mots-clés : Smart city, Europe

A la base créée dans un but ludique, les monnaies virtuelles prennent de l'ampleur sur la Toile. Leur but : développer ses propres moyens d'échange.

Le point avec Marc Tirel, directeur associé chez in Principo, spécialisée dans le management collaboratif.
L’Atelier : On voit émerger des monnaies propres qui s’échangent au sein de communautés en ligne plus ou moins grandes. Quelle définition donner à ces nouvelles formes de monnaie ?
Marc Tirel : On parle de monnaies privatives, locales, libres, régionales ou ouvertes... Toutes ces formes de rémunération, bien que traduisant des réalités différentes, apparaissent pour exprimer une certaine forme de richesse en opposition avec le système actuel qui n’en exprime qu’une seule. On peut être riche de son temps, de sa culture, de son réseau...
A quoi servent-elles ?
Au départ les Twollars sur Twitter - comme la plupart des monnaies virtuelles - ont été créés dans un but totalement ludique. En l’occurrence pour exprimer sa reconnaissance à un internaute. Mais le capital réputation exprime une certaine forme de richesse. Il vient en complément de monnaies de transaction dont il existe déjà plusieurs exemples : les Miles, le WIR en Suisse...
Ce type de monnaie semble du coup cantonné à des microcommunautés.
Non, on trouve de tout. Des communautés plus ou moins grandes vont chercher à développer leurs propres moyens d’échanges. Certaines vont créer une monnaie globale pour concurrencer le dollar. Ceux qui sont exclus du système actuel, les non bancarisés, vont se réapproprier ces outils grâce à Internet. Ce n’est pas parce qu’ils n’ont pas de compte en banque qu’ils n’ont pas de richesse à proposer. On peut aussi imaginer une monnaie interne aux entreprises pour les échanges de services.
Concrètement, comment cela va-t-il fonctionner ?
Les communautés établiront leurs propres règles de gouvernance. La question des taxes va se poser, ainsi que celle de l’émission de la monnaie ou les règles de crédit. Cela se fera avec une grande transparence. Le pouvoir de décision sera distribué au sein des communautés. Internet et la crise actuelle vont accentuer ce phénomène. On sera probablement confronté à un modèle moins macroéconomique que microéconomique. Chacun utilisera sans doute plusieurs types de monnaie avec différents usages. Dans le monde actuel il est très difficile de gagner de l’argent et très facile de le dépenser. A l’avenir ce sera l’inverse.
Est-ce que ça n’est pas justement une des limites de ce système ?
Au départ c’est effectivement un point faible, cela va ralentir leur adoption. Mais à termes l’introduction de la complexité dans le domaine monétaire est inévitable. On verra certainement l’apparition de courtiers d’un nouveau genre, qui vont établir la valeur des devises. Tout ça est un apprentissage. Aujourd’hui, la confiance se situe dans les institutions. Mais elle va se transférer dans le code informatique, dans le logiciel. Des microcommunautés créeront leur propre monnaie, celles-ci vont mourir, renaître, se concurrencer, etc.

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