Le multitâches rend plus productif mais aussi plus distrait

Par 11 janvier 2012
collaboration équipe

Travailler en ayant recours à des solutions en réseau et des systèmes multitâches optimise le débit de travail et rend plus adaptable et polyvalent. Mais ces dispositifs peuvent aussi conduire à un éparpillement.

Quelle est la productivité réelle des salariés informatisés, équipés de systèmes multitâches et recevant de nombreux flux d’informations en réseau ? Sont-ils plus efficaces ou trop distraits pour mener à bien leurs missions ? Trois chercheurs de la côte est des USA* ont examiné les relations entre ces deux apports technologiques aux véritables activités d’entreprise. Et selon eux, on observe bien une productivité, mais aussi une tendance à l’éparpillement. Leurs mesures économétriques portent sur les tâches d’un cabinet de recrutement de taille moyenne. Les employés sont répartis dans 14 bureaux régionaux des Etats-Unis, selon trois niveaux hiérarchiques : partenaires, consultants et chasseurs de têtes. Ils suivent des procédures standards et gèrent de nombreux flux jusqu’au recrutement du candidat choisi par le client.

Plusieurs sources d’informations

Durant cinq ans, la productivité des employés a été observée et mesurée lors des tâches de collecte, d’analyse d’informations et de prise de décision. A ce stade, les informations proviennent de plusieurs sources, principalement les contacts de salariés, les bases de données de candidats, internes et externes, et les réseaux publics. Les chercheurs ont scruté précisément les procédures de travail et de communication - par e-mail et par rapports imprimés - au sein de groupes de recruteurs. Il en ressort deux conclusions principales. Première conclusion, les recruteurs ayant le plus recours au multitâches produisent plus de rapports, mais jusqu’à un certain point, au-delà duquel les retours diminuent. Pourquoi ? Le multitâches introduit un surcoût pour passer d’une tâche à l’autre, même si des effets bénéfiques sont observés sur le débit et la productivité des salariés, dans une certaine limite.

Un reporting non linéaire

En fait, le multitâche favorise aussi la distraction des utilisateurs. Seconde conclusion, les recruteurs dont les contacts en réseau disposent de connaissances hétérogènes sont plus à même de venir à bout du multitâches hétérogène. En raison de synergies notamment, l’hétérogénéité des connaissances peut interagir avec la variété des tâches et augmenter ainsi la productivité. Cette étude autorise les chercheurs à préconiser aux managers des changements d’organisation pour compléter utilement leurs investissements informatiques et améliorer la performance de l’entreprise. Les décideurs gagneraient à remodeler leurs équipes pour mettre en place, de façon empirique, différents niveaux de multitâches optimisés par environnement de travail. Ces changements organisationnels, même menés à tâtons, seraient bénéfiques sur la productivité des groupes de travail informatisés.

* : Sinan Aral, de la Stern School of Business de New-York et du MIT de Boston, Erik Brynjolfsson de la Sloan School of Management du MIT de Boston et Marshall Van Alstyne de l’Université et du MIT de Boston.

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