"Il ne faut pas oublier qu'avant toute chose, la ville est un lieu vivant"

Par 04 avril 2013 1 commentaire
Carlos Moreno

La ville intelligente se décline selon plusieurs modèles : l'un de ceux-ci est une approche centrée sur la place du citoyen dans cet écosystème.

Suite à la Semaine Digitale de Bordeaux et au 5 Plus City Forum, entretien avec Carlos Moreno, conseiller scientifique du Président de Cofely Ineo, filiale du groupe GDFSUEZ. 

L'Atelier : Pendant votre intervention à la Semaine Digitale, vous avez insisté sur le fait que l'on ne peut penser la ville intelligente seulement via une approche technologique.

Carlos Moreno : En effet. Tant que l'on n'a pas compris que la ville est un lieu de vie et que l'on doit s'y intéresser au-delà du simple besoin technologique, on s'éloigne de ce que j'appelle un chemin "citizen-centric", une ville centrée sur le citoyen. On doit concevoir les services en s'adaptant au citoyen et, ensuite, la technologie devient un outil au service du citoyen.

S'il est vrai qu'aujourd'hui on parle souvent de la ville intelligente, bardée de capteurs et soutenue par des algorithmes très puissants, je pense qu'approcher la problématique par le biais techno-centrique est une erreur. Une ville est comme un organisme vivant. C'est un système dynamique qui se développe dans un contexte précis et, comme tout système complexe et comme tout organisme vivant, qui est tiraillé entre deux vecteurs : la nécessité et le hasard. Ces deux points forment ce que j'appelle la fragilité d'une ville.

Celle-ci est traversée par les besoins des citoyens : l'éducation, la santé, la culture, la mobilité ou encore le loisir. Mais ils sont concurrencés par la fragilité : un événement peut survenir sans qu'on puisse le prévoir. La ville est de fait un environnement dynamique. Il est alors nécessaire de prendre conscience de cette fragilité afin de construire des outils pour nous préparer. C'est ce qu'on appelle la résilience d'une ville, sa capacité à assurer une continuité de services malgré les contraintes aléatoires : accidents, tempête, coupure de courant, raz-de-marée...

Quel est le rôle du citoyen dans cette vision d'une ville organique ?

Pour reprendre la métaphore de la ville comme un organisme vivant, je pense qu'il faut considérer le citoyen comme au cœur de cet être vivant. Il est le porteur d'une identité d'une ville et, en quelque sorte, constitue son ADN. Il ne faut donc pas oublier deux autres composantes : l'interdépendance et la mémoire.

A l'échelle humaine, aucune cellule n'existe par elle-même, et il en va de même à l'intérieur d'une ville. Une cité est un lieu d’agrégation où l'on vit les uns par rapport aux autres. Si la résilience réorganise les services d'une ville, comme un réagencement suite à une crue par exemple, l'interdépendance représente les liens qui lient les citoyens les uns aux autres. Ce concept ne peut pas s'envisager selon la mémoire. Une ville est liée à son histoire, sa géographique, sa culture, son économie, son climat. Chaque ville possède une identité différente : ni Paris, ni New-York, ni Bogota ni Tombouctou ne sont semblables, et l'on s'aperçoit que l'on ne peut pas appliquer une même recette à plusieurs villes.

Les dynamiques entre les villes évoluent. Lorsque l'on parle de ville intelligente, il faut tenir compte de cet élément. Il faut s'immerger dans le territoire et le comprendre avant de proposer des solutions. La ville intelligente doit être "user-centric".

Vous développez ainsi le concept du "smart citizen"...

Oui, le smart citizen est un citoyen au cœur de la ville. Il n'est pas uniquement un consommateur mais un acteur des services. Il participe à la démarche participative, comme le crowdfunding pour expérimenter sa capacité à s'impliquer dans la ville. Le citoyen intelligent entreprend une démarche collaborative au moyen de trois types d'innovations : sociale, urbaine et technologique. Ce citoyen peut par exemple proposer des initiatives, donner des idées. Le projet de la montre verte, à Paris, proposait aux citoyens de calculer la qualité de l'air d'un territoire via un système de géolocalisation. La ville intelligente n'incarne donc pas la technologie au service du citoyen, mais c'est avant tout le citoyen intelligent qui s'appuie sur la technologie. Il participe à l'innovation pour vivre mieux, pour vivre la fragilité de la ville et répondre au mieux aux événements aléatoires qui peuvent survenir. Il ne faut pas oublier avant toute chose que la ville est un lieu vivant, et qu'en ce sens, rien n'est acquis.

 

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L'enjeu est de réussir une véritable démocratisation du numérique, pas une fausse démocratie participative, une sorte de berlusconisme culturel avec de l'interactivité 'pousse-bouton'. Le citoyen actif, pour reprendre le terme de Siéyes, est celui qui domine son environnement numérique.
Nous traitons ces sujets dans les N°46 et 47 de la revue de WEKA 'en coulisse'.

Yvon Rastetter, culturant en numérique - arts.soft.free.fr

Soumis par yvon.rastetter - le 13 juin 2013 à 08h56

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