La neutralité du Net : un frein pour les industries des télécoms ?

Par 04 mai 2010
Mots-clés : Digital Working

La non gérance du trafic sur le Web est financièrement problématique pour les télécoms. Pour éviter une escalade des tarifs d'accès à l'Internet, le principe même de neutralité demande à être reconsidéré.

La neutralité du réseau décourage les opérateurs à investir dans des infrastructures haut débit. C’est du moins la conclusion d’une récente étude de Frost&Sullivan. Ce principe fondateur qui assure aux internautes que les flux d'information du réseau ne peuvent être bloqués ou dégradés par les opérateurs de télécommunications de manière discriminante (en fonction de l’utilisateur ou du type de contenu) est de plus en plus contesté par ces derniers qui y voient un frein à la rentabilisation de leurs infrastructures. "Ce principe a le potentiel de décourager les investissements des opérateurs dans l’infrastructure", indique Mike Jude, un des auteurs de l’étude. Et d’ajouter : "le haut débit est attendu comme l’infrastructure pilier du XXIème siècle. Les politiques qui visent à encadrer la concurrence pourraient avoir un impact négatif sur les consommateurs, la croissance de l’emploi et l’économie en règle général".
Vers une augmentation généralisée de l'accès Internet ?
L’argument avancé par le cabinet est le suivant : si les opérateurs n’ont pas la certitude de pouvoir amortir leur investissement en proposant différentes offres et services, ils se montreront plus réticents à investir. Ou alors ils envisageront d’autres solutions comme une augmentation généralisée du coût de l’accès Internet - tous débits confondus - qui sera massivement supportée par les consommateurs. "On peut prévoir que les consommateurs ne soient pas disposés à supporter de tel coûts, la neutralité du réseau pourrait alors aller à l'encontre de son principe initial. C'est-à-dire d'un accès pour les internautes non limité aux applications et services", précise Mike Jude.
Le haut débit : un investissement à long terme
Tout ceci demande cependant à être nuancé, selon Laurent Benzoni, de TERA Consultant : "le haut débit est un investissement à long terme", explique-t-il à L'Atelier. "Rien ne prouve aujourd'hui, que les entreprises télécoms ne se retrouveront pas dans leurs dépenses. Et par conséquent rien ne peut justifier une hausse tarifaire", précise-t-il. Cependant, pour les chercheurs, l'inquiétude demeure. Ils craignent que les opérateurs ne proposent des services groupés limitant le choix des consommateurs. Le danger est alors de voir apparaître un Internet à deux vitesses. Une réaction qui fait hausser les épaules du consultant français : "c’est déjà le cas", affirme-t-il.  Pour lui, la solution consiste à opérer une surveillance des opérateurs. Et de conclure : "il faut se faire à l'idée que la neutralité absolue du Net n'existe pas".

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