Next modélise le véhicule du futur

Par 17 novembre 2015
La forme du véhicule de demain

La start-up offre une approche originale du véhicule de demain, conçu comme un habitacle flexible et multi-usages, adapté aux besoins du XXIe siècle.

Si la voiture individuelle peut être considérée comme le moyen de transport emblématique du XXe siècle, quel sera celui du XXIe siècle ? Les réflexions en la matière font couler beaucoup d’encre, la piste la plus prometteuse semblant aujourd’hui celle du véhicule partagé, électrique et autonome, pour l’environnement urbain, tout du moins. Plutôt que de prendre leur voiture individuelle pour se rendre au travail, les hommes de demain commanderaient ainsi un véhicule via leur application smartphone, et feraient le trajet avec d’autres passagers.

Nonobstant la richesse des réflexions sur ce sujet, il est une dimension qui passe la plupart du temps à la trappe : la forme du véhicule est presque immanquablement évacuée au profit de ses caractéristiques techniques. On se contente ainsi de conserver la forme des véhicules que nous connaissons en les dotant d’aptitudes novatrices. Or, la voiture individuelle, telle que nous la connaissons, avec un habitacle composé de deux places à l’avant, à l’arrière et d’un coffre, a été pensée pour répondre aux besoins des hommes du XXe siècle. il n’y a donc a priori aucune raison pour conserver cette forme au véhicule du futur…

Un véhicule autonome, électrique et partagé n’a pas les mêmes besoins, en terme de forme, d’organisation de l’habitacle et d’interaction avec les autres véhicules qu’une voiture traditionnelle à essence. C’est du moins la réflexion que suscite la start-up Next, lancée par deux Italiens dans la Silicon Valley. Leur concept : un véhicule répondant aux caractéristiques sus-citées (partagé, électrique et autonome), avec une forme innovante, permettant de répondre aux nouveaux besoins correspondants. Ainsi, pourquoi limiter le véhicule du futur à quatre ou cinq places ? Les voitures pensées par Next ont une forme rectangulaire, sont « longs comme une smart mais hauts et larges comme un autobus » selon Emmanuele Spera, CEO de Next. Le résultat : un spacieux habitacle pouvant accueillir six personnes assises et quatre autres debout.

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Penser la mobilité dans la ville de demain implique de réfléchir en matière de flux permanents de services et de populations.

Marier le fond et la forme

Mais le projet de Next ne se résume pas à développer un véhicule plus spacieux. Leur ambition est bel et bien de proposer un module adapté aux nouveaux usages qui iront de pair avec les moyens de locomotion de demain. L’une des idées les plus novatrices réside sans doute dans la possibilité d’emboîter les véhicules les uns aux autres, ceux-ci devenant alors les wagons d’un train modulable à l’envi. Il serait ainsi possible pour les passagers de passer d’une voiture à l’autre, permettant de désengorger les véhicules trop remplis au profit de ceux bénéficiant d’espace libre, le tout sans qu’un arrêt soit nécessaire.

L’un des avantages du véhicule autonome étant la possibilité de faire autre chose que conduire durant le temps de trajet, autant faire en sorte de rendre l’habitacle le plus spacieux et agréable possible, afin que l’on puisse y travailler, lire, ou tout simplement se détendre… Les véhicules sont également conçus pour s’intégrer à l’environnement existant : équipés de roues, ils peuvent emprunter les mêmes voies que les véhicules traditionnels. Pas besoin non plus d’installer des bornes de recharge dans toute la ville : « Les véhicules peuvent être rechargés en mouvement, soit par une autre voiture transportant uniquement une grosse batterie, et venant se greffer à un train de véhicules ; soit directement par induction, les côtés du véhicule descendant très bas au niveau de la route. » explique Emmanuele.

La forme rectangulaire des véhicules nécessite enfin une technologie de conduite autonome s’écartant quelque peu des standards du genre. Plutôt que la technologie LIDAR, Next planche sur un système optique avec des caméras haute définition. L’entreprise affirme être en discussion avec plusieurs villes allemandes et du nord-est de l’Europe pour y mener des projets pilotes.

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                    L’économie à la demande peut grandement bénéficier de véhicules innovants.

Développer des services mobiles à la demande

Le projet de Next ne s’adresse pas seulement aux municipalités et particuliers : les entreprises y trouvent aussi leur compte. Emmanuele voit ainsi son produit comme un hardware modulable selon les besoins. Les options sont nombreuse, en particulier avec l’essor de l’économie à la demande. Les véhicules pourraient ainsi être utilisés par les entreprises de la foodtech, afin de livrer rapidement de la nourriture, mais il n’est pas défendu d’imaginer des options plus audacieuses, voire un tantinet farfelues. Et pourquoi pas une start-up livrant du café frais, avec des machines à expresso embarquées dans des voitures sillonnant la ville ? Ou encore une autre proposant des espaces de travail mobiles, ses véhicules contenant chacun un bureau entièrement équipé, permettant aux travailleurs à l’emploi du temps surchargé de demeurer productifs lors de leurs déplacements ? Voire une entreprise offrant des salles de bain mobiles, avec douche, produits de bain et serviettes embarquées dans ces véhicules ? Les modules pourraient également être utilisés dans un but publicitaire, avec des véhicules munis d’un écran diffusant un spot de trente secondes, et proposant dans le même temps des produits à l’achat. Libre ensuite aux passagers d’accepter qu’un tel module se greffe à leur wagon, le temps d’une petite présentation, ou de demander à rester au calme...

Si tout cela parait pour l’heure presque surréaliste, la philosophie demeure cohérente avec ce que représente le véhicule de demain : un module flexible et utilisable par tous, permettant de développer des services mobiles. Les villes deviendront ainsi des grilles de déplacement où se mouvront harmonieusement diverses cellules répondant aux besoins des citoyens. Citant l’exemple de Tesla, Emmanuele conclut qu’aucun projet n’est irréaliste. Il suffit d’y croire.

 

 

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